Le choix d'Erik Orsenna
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Le choix d'Erik Orsenna

Le Tambour

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« Je devais avoir dix-huit ou dix-neuf ans quand j’ai découvert Le Tambour. La date a son importance, car à l’époque, dans les années soixante, la mode littéraire en France était au « Nouveau roman » : le roman sans romanesque, sans histoire, sans personnages. Moi qui voulais être écrivain pour raconter des histoires, j’étais dans la tristesse absolue ! Et puis arrive la lecture, grâce à mon père, de cet énorme livre, avec ce personnage magnifique, Oscar, qui ne veut pas grandir et tape sur son tambour pour convoquer l’histoire de l’Allemagne… Ce roman m’a énormément aidé ; j’ai décidé de taper sur mon tambour à moi et de raconter des histoires.

Il y a eu ensuite Cent Ans de solitude, de Gabriel García Márquez… Ces deux livres ont été capitaux pour moi : ils ont légitimé mon envie de raconter, en me faisant comprendre qu’il n’y avait pas que le formalisme du nouveau roman français, roi de la littérature desséchée. Il y a les romans pour les lecteurs, et ceux qui sont écrits pour les professeurs de littérature, et il y a bien plus facile de faire un cours sur le style… Quand chacun de mes enfants a eu dix-huit ans, je leur ai offert dix-huit romans que je pense être les meilleurs. Le Tambour, bien évidemment, est l’un d’eux, comme Pedro Paramo, le petit chef-d’œuvre de Juan Rulfo, et un autre roman absolument prodigieux : Vie et opinions de Tristam Shandy, de Laurence Sterne. »

Extrait :

« Oscar en avait mal au ventre et se disait : “Pauvre S A Brandt, pauvre Jeune hitlérien Quex, vous êtes tombés en vain !”

Comme si quelque part on voulait confirmer cette oraison funèbre des héros du Mouvement, tout de suite après, un badaboum massif des tambours tendus de peau de veau envahit l’orgie des trompettes. Ce couloir qui, au milieu de la foule, menait à la tribune laissait de loin pressentir l’approche d’uniformes et Oscar énonça : “Maintenant, mon peuple, fais attention, mon peuple !”

Le tambour était bien d’aplomb. Avec une aisance céleste, je fis jouer dans mes mains les baguettes et, avec de la tendresse dans les poignets, je battis sur ma tôle un savant, un joyeux rythme de valse. »

 


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