Virginia Woolf par Agnès Desarthe

 

10 août 2010
Actualité

Virginia Woolf par Agnès Desarthe

Portrait de l’artiste en lectrice

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Agnès Desarthe est née à Paris en 1966. Après un premier roman remarqué, Quelques minutes de bonheur absolu (Editions de l’Olivier, 1993) et le succès de Mangez-moi, elle s’impose comme l’une des grandes voix du roman français contemporain. Elle est un pilier de la rentrée littéraire 2010, avec la parution chez Points du Remplaçant et aux Éditions de L’Olivier de son dernier roman, Dans la nuit brune. Ecrivain, elle est aussi une grande admiratrice de Virginia Woolf. On lui doit V.W. (La Double vie de Virginia Woolf), essai libre sur Virginia Woolf, coécrit avec Geneviève Brisac et la traduction de La Chambre de Jacob (Stock).

 

L'Art du roman

 

C’est dans la préface de L’Art du roman de Virginia Woolf, paru dans la collection « Signatures », qu’Agnès Desarthe, prenant le contre-pied de tout ce qui se dit habituellement sur Virginia Woolf, présente l’auteure anglaise en lectrice passionnée, émerveillée par le pouvoir de la littérature et subjuguée par le talent de ses auteurs fétiches : Léon Tolstoï, Marcel Proust, Jane Austen...

La lectrice ordinaire

« Avant d’être écrivain, Woolf a été lectrice. Très tôt, son tyran domestique de père lui a ouvert les portes de son impressionnante bibliothèque. La jeune fille n’irait pas à l’université – interdite aux femmes à l’époque – mais elle lirait tout. Les grecs, les russes, les français et, bien sûr, les classiques de sa langue natale, les poètes, et, inlassablement, Shakespeare. Elle apprend l’italien pour mieux comprendre Dante, et tente d’aborder Dostoïevski dans le texte. Critique, elle se met entièrement au service de son sujet. L’écrivain s’efface de façon presque inquiétante. Jamais elle ne prêche pour sa paroisse ou ne teinte ses jugements de partialité. Elle sait, mieux que quiconque, faire le pas de côté qui permet de considérer la perspective littéraire dans toute sa profondeur, sans crainte d’en sortir, de disparaître du tableau.

« La littérature n’est pas propriété privée ; la littérature est domaine public. Elle n’est pas partagée entre les nations ; là, il n’y a pas de guerre. Passons librement et sans crainte et trouvons notre chemin tout seuls. »


Virginia Woolf, La Tour penchée (1940)



C’est à se demander si le Common reader (grande œuvre critique de Woolf, dont le premier tome paraît en 1925), ne devrait pas se traduire au féminin en français, car s’il célèbre la naissance d’un nouveau lectorat – dont La lettre à un jeune poète explique parfaitement la nature – il désigne aussi ce qu’il y a de « lectrice ordinaire » chez cette immense artiste. Avec elle et à travers « le roman russe », « les femmes et le roman » ainsi que « les étapes du roman », nous relisons Dostoïevski, Tolstoï, les sœurs Brontë, Austen, Scott, Stevenson, Hardy, Proust et bien d’autres sans jamais perdre le plaisir du texte.

Pour Woolf, écriture, lecture et critique sont les trois côtés d’un même art. Ainsi, un an avant de se donner la mort, écrit-elle, pleine de bravoure et d’espoir, dans La Tour penchée : “Un écrivain, plus qu’aucun autre artiste, a besoin d’être critique, parce que les mots sont si ordinaires, si familiers qu’il doit les tamiser, les passer au crible, s’il veut qu’ils durent. Écrivez tous les jours, écrivez librement ; mais comparons toujours ce que nous avons écrit avec ce que les grands écrivains ont écrit. C’est humiliant mais c’est essentiel. […] Nous n’avons pas besoin d’attendre la fin de la guerre. Nous pouvons commencer dès maintenant.” »

 

Image: Virginia Woolf par George Charles Beresford  

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