Dans La Saga des francs-maçons qui paraît le 16 septembre chez Points, Marie-France Etchegoin, rédactrice en chef du Nouvel Observateur et Frédéric Lenoir, directeur de la rédaction du Monde des religions, reviennent sur la véritable histoire de la franc-maçonnerie. En avant-goût, Le Cercle vous en propose un petit abécédaire.
Petit abécédaire de franc-maçonnerie
1. A comme Alchimie

© The Alchemist, Sir William Fettes Douglas
La légende associe souvent franc-maçonnerie et alchimie. Les vénérables maîtres des diverses loges franc-maçonniques détiendraient-ils la pierre philosophale, celle qui permet de transformer n’importe quel métal en or et argent ? En réalité, si la franc-maçonnerie s’intéresse bel et bien à l’alchimie, c’est plutôt pour son ascendant philosophique. L’alchimie est certes considérée comme une science antique, aux frontières de la chimie, de la médecine et de l’astronomie, remise au goût du jour à la Renaissance et dont Léonard de Vinci s’inspire pour créer ses couleurs. Mais cette « transmutation » de la matière, des êtres et des fluides est aussi une jolie métaphore du chemin initiatique, qui mène de l’imperfection d’un être à sa perfection. Un message qui correspond parfaitement au but originel de la franc-maçonnerie, d’où la reprise de certains symboles alchimiques chez les francs-maçons.
2. F comme Flûte enchantée

© Szene aus Mozarts Zauberflöte (Papageno), Max Slevogt
La franc-maçonnerie a accueilli parmi ses membres nombre d’illustres artistes, qui n’hésitent pas à distiller dans leurs œuvres des messages maçonniques... Mozart par exemple, selon certains spécialistes. Pour le musicologue Jacques Chaillet, auteur de La Flûte enchantée, opéra maçonnique (Robert Laffont, 2002), le compositeur a semé de nombreuses « notes maçonniques » dans ses opéras les plus célèbres, tels Les Noces de Figaro, Don Juan et Cosi fan tutte. Il suffit d’écouter l’ouverture de La Flûte enchantée : les lourds accords adagio d’ouverture peuvent se lire comme des coups frappés à une loge maçonnique. Le parcours initiatique de Tamino et Pamina dans le Temple de Sarastro rappelle la cérémonie d’initiation maçonnique au sein d’une loge. Jacques Chaillet va même plus loin : les premières notes de l’opéra, sur un rythme 5, basées sur trois accords, répétés trois fois, célèbrent l’harmonie de la trinité, symbole de l’unité et de l’équilibre du monde, mais également image de l’apprenti franc-maçon. Etonnant ? Pas tant que ça, quand on sait que Mozart et son librettiste, Emmanuel Schikaneder, étaient tous deux des francs-maçons.
3. G comme le Grand Architecte
Isaac Newton, membre de la Royal Society de Londres, et franc-maçon supposé, lance un jour l’idée du grand architecte des francs-maçons. GADLU, le Grand Architecte de l’Univers, est cette force qui régit mouvement et équilibre de la matière et les révolutions de la Terre et des corps célestes. Ce Dieu qui transcende l’ensemble des appartenances religieuses, rationalisé par la science, est un terrain d’entente miracle pour l’ensemble des frères. L’idée est géniale. Elle captive les Lumières. Qui n’a d’ailleurs jamais entendu Voltaire parler de « Grand Horloger » ?
4. I comme Initiation

© Pierre Joseph Proudhon, Gustave Courbet
Tout être désireux d’entrer en franc-maçonnerie doit se plier aux rites d’initiation, moment crucial dans la vie d’un frère. Au centre de tous les regards, en ce 8 janvier 1847, Pierre Joseph Proudhon, apôtre des « compagnies ouvrières » et de la destruction de l’État. Les frères de Besançon ne savent pas encore qu’ils vont vivre l’une des plus iconoclastes cérémonies d’initiation de l’histoire de la franc-maçonnerie. Il passe avec succès les deux premières étapes, répondant docilement à : « Que doit l’homme à ses semblables ? » et « Que doit l’homme à son pays ? ». Mais quelle n’est pas la surprise des frères lorsqu’à la troisième question, « Que doit l’homme à Dieu ? », le père spirituel de l’anarchie répond « La guerre ! » Après quelques protestations, le profane sera finalement initié.
5. K comme Kipling

© The New Student’s Reference Work
De nombreux écrivains ont été francs-maçons. Parmi eux, Rudyard Kipling, initié en 1886 aux Indes britanniques. Tout au long de sa vie et au cours de ses nombreux voyages, Kipling fréquente diverses loges maçonniques, que ce soit en Inde, en France ou même en Afrique du Sud : c’est d’ailleurs dans ce pays, à la loge Emergency de Bloemfontein, qu’il rencontre régulièrement Conan Doyle, autre frère littéraire. Comme Mozart, c’est dans ses écrits qu’il aurait disséminé des indices de son appartenance à la société secrète. Kipling écrit un poème maçonnique assumé, The Mother Lodge. Dans son roman Kim, le jeune héros reçoit pour seul héritage des documents de recommandation auprès de l’armée britannique et d’une loge maçonnique. Enfin, son merveilleux poème Si reste pour beaucoup le symbole des idées prônées par les francs-maçons, comme la liberté, la tolérance et l’entraide.
« Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir.
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre […]
Tu seras un Homme, mon fils. »
Extrait de Si, Rudyard Kipling
6. N comme Noétique
Dans Le Symbole perdu (JC Lattès, 2009), Dan Brown s’attelle à explorer les légendes et symboles de la franc-maçonnerie. Dans La Saga des francs-maçons, Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir consacrent deux chapitres à l’analyse de ce nouveau roman, en particulier à une science extraordinaire bien que mystérieuse si l’on en croit Dan Brown : la noétique. L’héroïne du roman, Katherine Solomon, est une chercheuse en noétique reconnue, membre de l’Institute of Noetic Sciences, institution qui abriterait le plus grand secret de tous les temps.

© Reto Stöckli, Nazmi El Saleous, and Marit Jentoft-Nilsen, NASA GSFC
La réalité est moins magique : c’est en 1973 que l’astronaute Edgar Mitchell, membre de l’équipage d’Apollo XIV, a l’intuition de ce nouveau courant d’idées. Depuis sa fusée, il observe la beauté de la Terre, s’interroge sur l’origine de sa naissance et souhaite à tout prix la protéger. Il crée deux ans plus tard son Institut de noétique, qui se transforme rapidement en un centre de retraite pour méditation, associé à un laboratoire de recherche.
La noétique se propose de découvrir les potentiels de l’esprit, de comprendre sa relation à la matière et au monde et d’œuvrer pour une meilleure prise de conscience de la nécessité de mieux se relier à son environnement et de se réconcilier avec le cosmos. Une mouvance philosophique qui tombe à pic dans un contexte où la mode est au New Age, à l’écologie et à la recherche de sens. Et qui par certains côtés, rappelle les croyances franc-maçonnes en un grand horloger, que certains scientifiques tentent de rationaliser.
7. S comme La Saga des francs-maçons

Dans ce voyage aux sources de la franc-maçonnerie, Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir décryptent cette société secrète pas comme les autres, à travers son histoire, ses rites quasi-religieux et ses enseignements, ainsi que ses liens (toujours discrets) avec le politique. Une enquête passionnante sur les traces d’une organisation unique qui suscite tout à la fois fascination et méfiance, engouement et fantasmes.
Image: © Freemason Structure in diagram form par Jack O'Toole, John Deare, Creative Commons Attribution ShareAlike 3.0