Parution de La Fille du fossoyeur de Joyce Carol Oates

 

27 septembre 2010
Actualité

Parution de La Fille du fossoyeur de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates par Véronique Ovaldé

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Joyce Carol Oates, véritable mythe vivant, suscite toutes sortes de rumeurs. On dit par exemple qu’il ne faut « jamais lui raconter sa vie, elle risque d’en faire tout un roman ». Incroyablement prolifique, elle s’est essayée à tous les genres (roman, polar, biographie, nouvelles…) et collectionne les récompenses littéraires : National Book Award, prix Femina étranger et, on l’espère, bientôt le prix Nobel, pour lequel elle est pressentie depuis de nombreuses années. À l’occasion de la parution en Points « Signatures » de son beau roman La Fille du fossoyeur, Véronique Ovaldé, auteur de Ce que je sais de Vera Candida (L’Olivier), prix Renaudot des lycéens, prix France Télévisions et Grand prix des Lectrices de Elle, lui rend un très bel hommage en en signant sa préface. En voici un extrait en avant-première.

Véronique Ovaldé


© Georges Seguin, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Survivre à son enfance


« On dit souvent que Joyce Carol Oates publie trop (Parce que bien sûr il existerait un rythme idéal et normé). Mais comment imaginer que Joyce Carol Oates ne le sait pas ? Comment imaginer qu’elle ignore que plusieurs recueils de nouvelles et plusieurs romans par an vont épuiser lecteurs et journalistes, et faire dire à chacun avec une moue de connaisseur : « C’est très inégal ». Comment penser que son éditeur ne lui fait pas la remarque à chaque fois qu’elle lui envoie un nouveau manuscrit ? Comment penser qu’elle n’a pas tenté de trouver une solution à cette dévorante nécessité – en écrivant sous pseudonyme, en multipliant les avatars et les identités ? Mais le rythme des publications n’est pas son problème.

 

Joyce Carol Oates n’est qu’un petit animal écrivain. Ou plutôt elle m’apparaît comme habitée par un démon assis confortablement dans ses entrailles et qui ne s’apaise que lorsqu’elle lui a donné son quota de feuilles noircies à digérer. Au milieu de cette frénésie il y a des textes comme des comètes, des textes qui laissent longtemps le souvenir de leur fulgurance, des textes dont on n’aurait pas voulu se passer, il y a Les Chutes et puis Blonde et puis La Fille du fossoyeur. Alors au fond le rythme des publications n’est ni son problème ni le nôtre.

 

Joyce Carol Oates me trouble. J’ai l’impression de regarder un tableau de Norman Rockwell qui deviendrait légèrement inquiétant (il y aurait le petit garçon aux joues rouges, au sourire parfait d’années opulentes (quand le monde n’avait pas encore tourné boue), à la casquette de base-ball légèrement de biais, il serait magnifiquement sûr de lui et la lumière serait belle et blanche et plate comme dans un film de Capra mais tout derrière il y aurait, caché dans le motif de la végétation, quelque chose que vous ne percevriez pas tout de suite mais qui vous mettrait inexplicablement mal à l’aise, approchez-vous, et vous distingueriez peut-être au milieu de ce fouillis végétal un pendu, un type avec une carabine ou un père qui poursuivrait sa fille avec une hachette). Parce que la violence et le malheur sont là qui sourdent puis explosent faisant voler en éclats cette écriture délicate et précise (Asseyez-vous confortablement, je vais maintenant vous raconter une histoire abominable).

 

Dans La Fille du fossoyeur il y a une petite fille pauvre et terrifiée qui va trouver un moyen de s’extraire de l’endroit d’où elle vient – il lui faudra un nouveau nom, des cheveux teints, des atours de fille, une détermination de guerrière. « Car sa volonté était tout : immense comme un filet englobant le ciel. » Ce sera une métamorphose à la Norma Jean. Le prix de cette métamorphose sera toujours la question terrassante : qui suis-je et qui saura d’où je viens ? »

 

Pour aller plus loin

Une si belle image

Vidéo

 

 

 

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2012

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