Si ce n’est pas déjà fait, vous entendrez forcément parler de Jonathan Franzen dans les prochains jours. L’auteur américain s’est imposé sur la scène littéraire contemporaine avec Les Corrections qui a reçu le National Book Award en 2001. Ce roman, paru en 2002 aux éditions de L’Olivier, a conquis plus de 100 000 lecteurs en France. Ce succès public est aussi critique : il est en effet l’un des rares écrivains à avoir fait la une du prestigieux Time Magazine, il y a un an, et des personnalités comme Barack Obama ou Oprah Winfrey ne tarissent pas d’éloges à son égard.
À l’occasion de la sortie de Freedom, probablement l’ouvrage le plus attendu de la rentrée littéraire 2011, les éditions Points publient Le Cerveau de mon père. Ce livre rassemble trois récits courts (1) et constitue une parfaite introduction à l’œuvre de Franzen.
Armé de son regard lucide porté sur l’autofiction et de sa plume de romancier, Franzen aborde des questions de société qui touchent le quotidien des Américains mais dépassent vite les frontières. Deux des textes sélectionnés se penchent sur la maladie d’Alzheimer qui a lentement fait disparaître son père.
« Le traitement de mon père a été affiné et tout va bien maintenant.
Aveuglement ? Oui, dans une certaine mesure. Mais l’un des traits fondamentaux de l’esprit est sa propension à construire des touts à partir de fragments. Nous avons chacun un véritable point aveugle dans notre champ de vision, là où le nerf optique se rattache à la rétine, mais notre cerveau enregistre pourtant un monde sans coutures autour de nous. Nous saisissons une partie d’un mot et entendons le tout. Nous voyons des visages expressifs dans une tapisserie à motifs floraux ; nous bouchons constamment des blancs. De manière semblable, je pense que je tendais à interpoler au travers des silences et des absences de mon père, et à persister à le voir comme le vieil Earl Franzen dans toute son intégrité. »
Si les impressions et les souvenirs sont propres à l’auteur, celui-ci a bien conscience que des millions de personnes subissent les mêmes difficultés au quotidien. Nostalgique, il fait appel à Proust pour exprimer sa vision des choses : « La réalité que j’avais connue n’existait plus. » Néanmoins, le témoignage acquiert une dimension plus générale et presque médicale grâce à l’appui d’études officielles établies par des chercheurs spécialisés.
Un savant mélange, donc, grâce à un point de vue inédit. Plusieurs thèmes sont abordés comme la sexualité et les rapports à la norme qui définissent nos identités. Les ajouts personnels de l’auteur cassent la barrière théorique qu’un simple essai aurait dressé entre un sujet d’actualité et le lecteur. Il n’y a plus à hésiter : si vous avez aimé Les Corrections et que vous avez hâte de découvrir Freedom, il faut lire Le Cerveau de mon père.
La plupart des ouvrages de Jonathan Franzen sont disponibles chez Points :
(1) Ces trois textes sont tirés du recueil Pourquoi s'en faire ? paru aux éditions de L'Olivier en 2003.