Inutile de le présenter. Il suffit de prononcer son nom, et déjà, nous pénétrons dans l’intimité d’un grand photographe : Raymond Depardon, l’humaniste. Plongé très jeune dans l’univers de la photographie, il n’en ressortira jamais. D’un amour de l’image hors du commun sont nés des milliers de clichés et des documentaires d’une justesse exemplaire, toujours surprenants, captant l’instant à nul autre pareil. Ce grand monsieur nous fait un nouveau présent aujourd’hui, avec Un aller pour Alger et Beyrouth, centre-ville, deux recueils inaugurant un nouveau cycle de livres-albums consacré aux villes. Et si nous partions sur les traces de ce photographe-reporter au regard unique ?
« Raymond Depardon n’est pas qu’un photographe, non plus qu’un cinéaste ni un écrivain. C’est un regard. »
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Naissance d’un passeur

Pour tenter d’approcher Raymond Depardon, quoi de mieux que de commencer par la terre qui l’a vu naître ? Né en 1942 à Villefranche-sur-Saône, Raymond Depardon vient du monde paysan. A seize ans, il quitte la ferme familiale du Garet pour marcher vers le métier de ses rêves d’enfant : photographe. Il n’abandonnera jamais le monde natal, et lui rend hommage à travers nombre de ses photographies, et surtout sa trilogie documentaire, Profils paysans.
Il rejoint l’atelier de Louis Foucherand, dont il devient l’assistant en 1958. Le jour de ses dix-huit ans, Louis Dalmas, l’associé de son maître, lui offre un cadeau bien singulier : une échappée belle au Sahara, officiellement pour observer la résistance du corps à la chaleur. Mais c’est un pays en guerre qu’ils trouvent en arrivant : l’Algérie devient le premier grand objet photographique du jeune Depardon.
Premier essai, premier engagement : Suivant une équipe de secours partie à la recherche de jeunes appelés égarés, Raymond Depardon immortalise l’événement et le sauvetage des trois survivants. Malgré la demande insistante du capitaine de la légion, le 15 août 1960, Depardon ne se débarrasse pas des films. Ils feront six pages de Paris-Match, début de la carrière exemplaire d’un grand photographe.
Chasseur d’images
Fort de cette première expérience de reporter, Raymond Depardon couvre les conflits d’Algérie et du Viêt Nam pour l’agence Dalmas. En 1966, il fonde avec Gilles Caron sa propre agence, l’agence Gamma.

Mais ce chasseur d’images passionné, grand reporter photographe, est aussi à ses heures perdues un paparazzi hors pair, même s’il avoue ne pas vraiment apprécier ce versant du métier.
« Montrer la solitude de la personnalité politique est au centre de mon travail. »
Raymond Depardon

© 1974, une partie de campagne, Raymond Depardon
C’est d’ailleurs l’une de ces personnalités qu’il suit dans son documentaire 1974, une partie de campagne. Sur les pas du candidat Valérie Giscard d’Estaing, il raconte la campagne électorale du futur président. Refusée par Valérie Giscard d’Estaing lui-même, la première projection devra finalement attendre 2002.
« Depardon sait fixer sur pellicule l’instant de grâce. »
Première
Les documentaires sont une autre part majeur du travail de Raymond Depardon. Ses nombreux reportages qu’il commence à tourner en 1963 l’emmène au cœur des conflits, notamment au Tchad, dans lequel il reviendra tourner La Captive du désert, récit de la vie en captivité de l’archéologue Françoise Claustre, retenue deux ans et demi en otage, et interprétée à l’écran par Sandrine Bonnaire en 1989.

Moins loin, mais toujours dans sa volonté de filmer des mondes parallèles dont on détourne trop souvent le regard sans se questionner, Raymond Depardon nous emmène à la rencontre de milieux aussi divers que la presse (Numéros zéros et Reporters), un asile psychiatrique, les urgences hospitalières ou un palais de justice. Filmer le quotidien à travers différents points de vue et univers pour mieux comprendre le monde, tel est le credo de Depardon. Travail poursuivi par un retour à la terre natale, avec sa dernière trilogie : Profils paysans.
La vie des autres
Que ce soit par un retour à la terre, dans la capture d’un moment de solitude volé aux people ou dans celle d’une seconde historique, le photographe et cinéaste humaniste s’intéresse avant tout à la vie des autres, une manière d’en apprendre plus sur soi.
« Se perdre et regarder les gens vivre. »
Raymond Depardon
Raymond Depardon sait photographier les temps morts comme personne. Des temps morts qui en disent plus qu’un long discours, comme ceux filmés avec grâce dans le dernier volet de sa trilogie Profil paysans, La Vie moderne, prix Louis-Delluc 2008.
© La Vie moderne, Raymond Depardon
| Profils paysans : La Vie moderne
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Errance(s)
« Il y a toujours la place d’une femme aimée au bord du cadre, comme si je photographiais mon désir et que le paysage me renvoyait un moi enfin apaisé. »
Raymond Depardon, La Solitude heureuse du voyageur
Vous l’aurez compris : les images de Depardon sont à l’image de l’artiste. Habités de poésie et reflets d’un regard humaniste et engagé, clichés et films de Raymond Depardon nous emmènent à la découverte d’une autre perception du monde, à la rencontre de peuples trop longtemps associés aux guerres ou d’univers restés dans l’ombre. Il donne à voir l’inattendu de l’ordinaire, la grâce du quotidien.
Ses multiples errances combinées à son regard unique, à juste distance, en font l’un des photographes français du 20ème siècle les plus incontournables.

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Raymond Depardon dans la ville : le nouveau périple photographique
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Image: Raymond Depardon