Entre ombre et lumière : Raymond Depardon

 

30 septembre 2010
Actualité

Entre ombre et lumière : Raymond Depardon

Portrait

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Inutile de le présenter. Il suffit de prononcer son nom, et déjà, nous pénétrons dans l’intimité d’un grand photographe : Raymond Depardon, l’humaniste. Plongé très jeune dans l’univers de la photographie, il n’en ressortira jamais. D’un amour de l’image hors du commun sont nés des milliers de clichés et des documentaires d’une justesse exemplaire, toujours surprenants, captant l’instant à nul autre pareil. Ce grand monsieur nous fait un nouveau présent aujourd’hui, avec Un aller pour Alger et Beyrouth, centre-ville, deux recueils inaugurant un nouveau cycle de livres-albums consacré aux villes. Et si nous partions sur les traces de ce photographe-reporter au regard unique ?

« Raymond Depardon n’est pas qu’un photographe, non plus qu’un cinéaste ni un écrivain. C’est un regard. »

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Naissance d’un passeur

 

Paysans

 

Pour tenter d’approcher Raymond Depardon, quoi de mieux que de commencer par la terre qui l’a vu naître ? Né en 1942 à Villefranche-sur-Saône, Raymond Depardon vient du monde paysan. A seize ans, il quitte la ferme familiale du Garet pour marcher vers le métier de ses rêves d’enfant : photographe. Il n’abandonnera jamais le monde natal, et lui rend hommage à travers nombre de ses photographies, et surtout sa trilogie documentaire, Profils paysans.

Il rejoint l’atelier de Louis Foucherand, dont il devient l’assistant en 1958. Le jour de ses dix-huit ans, Louis Dalmas, l’associé de son maître, lui offre un cadeau bien singulier : une échappée belle au Sahara, officiellement pour observer la résistance du corps à la chaleur. Mais c’est un pays en guerre qu’ils trouvent en arrivant : l’Algérie devient le premier grand objet photographique du jeune Depardon.


Premier essai, premier engagement : Suivant une équipe de secours partie à la recherche de jeunes appelés égarés, Raymond Depardon immortalise l’événement et le sauvetage des trois survivants. Malgré la demande insistante du capitaine de la légion, le 15 août 1960, Depardon ne se débarrasse pas des films. Ils feront six pages de Paris-Match, début de la carrière exemplaire d’un grand photographe.

Chasseur d’images

Fort de cette première expérience de reporter, Raymond Depardon couvre les conflits d’Algérie et du Viêt Nam pour l’agence Dalmas. En 1966, il fonde avec Gilles Caron sa propre agence, l’agence Gamma.

 

           La colline des anges    La porte des larmes    Afrique(s)    1968

 

Mais ce chasseur d’images passionné, grand reporter photographe, est aussi à ses heures perdues un paparazzi hors pair, même s’il avoue ne pas vraiment apprécier ce versant du métier.


« Montrer la solitude de la personnalité politique est au centre de mon travail. »

Raymond Depardon

                 Photographies de personnalités politiques                     Valérie Giscard d'Estaing
                                                          © 1974, une partie de campagne, Raymond Depardon

 

C’est d’ailleurs l’une de ces personnalités qu’il suit dans son documentaire 1974, une partie de campagne. Sur les pas du candidat Valérie Giscard d’Estaing, il raconte la campagne électorale du futur président. Refusée par Valérie Giscard d’Estaing lui-même, la première projection devra finalement attendre 2002.

« Depardon sait fixer sur pellicule l’instant de grâce. »

Première


Les documentaires sont une autre part majeur du travail de Raymond Depardon. Ses nombreux reportages qu’il commence à tourner en 1963 l’emmène au cœur des conflits, notamment au Tchad, dans lequel il reviendra tourner La Captive du désert, récit de la vie en captivité de l’archéologue Françoise Claustre, retenue deux ans et demi en otage, et interprétée à l’écran par Sandrine Bonnaire en 1989.

 

La captive du désert

 

Moins loin, mais toujours dans sa volonté de filmer des mondes parallèles dont on détourne trop souvent le regard sans se questionner, Raymond Depardon nous emmène à la rencontre de milieux aussi divers que la presse (Numéros zéros et Reporters), un asile psychiatrique, les urgences hospitalières ou un palais de justice. Filmer le quotidien à travers différents points de vue et univers pour mieux comprendre le monde, tel est le credo de Depardon. Travail poursuivi par un retour à la terre natale, avec sa dernière trilogie : Profils paysans.

La vie des autres

Que ce soit par un retour à la terre, dans la capture d’un moment de solitude volé aux people ou dans celle d’une seconde historique, le photographe et cinéaste humaniste s’intéresse avant tout à la vie des autres, une manière d’en apprendre plus sur soi.

 

 

«  Se perdre et regarder les gens vivre. »

Raymond Depardon


Raymond Depardon sait photographier les temps morts comme personne. Des temps morts qui en disent plus qu’un long discours, comme ceux filmés avec grâce dans le dernier volet de sa trilogie Profil paysans, La Vie moderne, prix Louis-Delluc 2008.

 

La vie moderne

© La Vie moderne, Raymond Depardon

 

Profils paysans : La Vie moderne

 

Affiche La vie moderne

 

 



C’est à la fin des années 1990 que Raymond Depardon a l’idée un peu folle de suivre sur dix ans la vie de paysans de moyenne montagne, « espèce » en voie de disparition dans une société en profonde mutation économique. Après L’Approche et Le Quotidien, deux premiers volets de sa trilogie paysanne, Depardon est retourné visiter les fermes avec lesquelles il a tissé un lien unique, fait de respect et de confiance mutuelle. C’est donc avec une infime délicatesse que Raymond Depardon filme ces personnages singuliers, n’hésitant pas à emprunter des routes interminables entre l’Ariège, la Lozère, la Haute-Loire et la Haute-Saône.

Il y a d’abord les deux frères, Marcel et Raymond, octogénaires voyant d’un mauvais œil l’arrivée de la petite dernière, Cécile, nouvelle compagne de leur neveu, Alain. Il y a les matins café chez Germaine et Marcel, le combat d’Amandine pour joindre les deux bouts, le trio paysan émouvant constitué d’Abel, Gilberte et de leur fils Daniel, héritier de la ferme familiale. Derrière chaque image, chaque silence respecté, chaque travelling sur des paysages vertigineux de vide et d’espace, il y a surtout la voix d’un grand cinéaste retourné sur ses terres, rendant le plus bel hommage possible à ce peuple qui se pose désormais la question de sa survie.

 



Errance(s)

« Il y a toujours la place d’une femme aimée au bord du cadre, comme si je photographiais mon désir et que le paysage me renvoyait un moi enfin apaisé. »


Raymond Depardon, La Solitude heureuse du voyageur


Vous l’aurez compris : les images de Depardon sont à l’image de l’artiste. Habités de poésie et reflets d’un regard humaniste et engagé, clichés et films de Raymond Depardon nous emmènent à la découverte d’une autre perception du monde, à la rencontre de peuples trop longtemps associés aux guerres ou d’univers restés dans l’ombre. Il donne à voir l’inattendu de l’ordinaire, la grâce du quotidien.

Ses multiples errances combinées à son regard unique, à juste distance, en font l’un des photographes français du 20ème siècle les plus incontournables.

 

  Errance      La solitude heureuse du voyageur      Corse      Le tour du monde en 14 jours

 

Raymond Depardon dans la ville : le nouveau périple photographique

Un aller pour Alger

Alger et Raymond Depardon : un choc, une collision. A 18 ans, ses yeux de grand adolescent capturent les rares images d’une étape marquante de l’histoire de la colonisation. La Ville Blanche est secouée par la guerre d’indépendance. Les images doivent être saisies à toute allure. Saisissantes, elles ravivent cette tumultueuse période de l’histoire d’Alger.

Beyrouth centre-ville

Une rencontre : à 23 ans, Raymond Depardon découvre Beyrouth, oasis d’allégresse. Lorsqu’il y revient, en 1978, la ville, dévastée par la guerre, est fascinante. Sous son regard, la ville aimée se balafre et se meurt. Les combats cessent enfin, les ravages sont immenses. Beyrouth telle qu’il l’a connue a disparu.

 


Image: Raymond Depardon

 

Pour aller plus loin

Une si belle image

Vidéo

 

 

 

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