A l’occasion des élections présidentielles en Colombie, le 30 mai, et de la parution chez Points le 10 juin d’Ursúa, le premier roman de William Ospina, prix National de littérature 2005, Le Cercle revient sur le grand roman d’un autre écrivain colombien célèbre, Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature en 1982.
Cent ans de solitude
Cent ans de solitude ou la malédiction lancée à l’ancêtre d’une famille d’originaux. On rit beaucoup, on pleure un peu, mais surtout on entre dans l’œuvre magistrale d’un des grands écrivains de notre temps, devenue chef-d’œuvre du patrimoine littéraire mondial.
Il est question d’une famille, très grande famille, et pour tout avouer, assez spéciale... Gabriel García Márquez se fait le narrateur de son histoire extraordinaire, qui commence avec la fondation par le premier ancêtre d’un village isolé du reste du monde, quelque part en Amérique du Sud. Il nous raconte ses grandes heures, faites de magie et d’alchimie, puis sa décadence et le déluge et la mort des animaux. Se succèdent les générations, toutes victimes de la malédiction lancée au premier des leurs : une solitude de cent ans.
Les personnages sont attachants, bien que loufoques, délirants ou très étranges. Certains fantômes se font plus présents que les vivants. La folie n’est jamais loin. Les prénoms reviennent d’une génération à une autre, seul moyen de perpétuer l’héritage familial, dans un siècle en perpétuel bouleversement. Que le lecteur se rassure : accepter de se perdre un peu dans cette farandole de personnages permet de mieux s’abandonner dans un récit qui ne manque pas de souffle et dont l’auteur maîtrise tous les fils à la perfection.
A la fois conte philosophique et allégorie de l’Amérique Latine et de ses habitants, Cent ans de solitude retrace un siècle de l’histoire (mouvementée !) de cette famille peu commune. L’univers de Gabriel García Márquez est singulier, entre rêve et réel, imaginaire fécond et dénonciation crue des atrocités et absurdité des guerres et dictatures. Le roman, fourmillant de détails, est aussi parsemé d’humour noir. Un Don Quichotte sud-américain ? En tout cas, un hommage vibrant à la culture colombienne.
Le saviez-vous ?
C’est Claude Durand, éditeur aux éditions du Seuil, à la tête des collections « Ecrire » et « Combats », qui découvre en 1967 la plume de Gabriel García Márquez et choisit de publier Cent ans de solitude en France.