« Gilles Martin-Chauffier a la Bretagne au cœur. Son Roman de la Bretagne est un roman d’amour. »
Ouest France
Dans Le Roman de la Bretagne, qui paraît le 26 août chez Points, Gilles Martin-Chauffier conte les légendes bretonnes oubliées et leurs héros. Loin de l’enseignement officiel et des clichés folkloriques, il nous offre une histoire romancée de la Bretagne, de la Préhistoire à la construction européenne en passant par la conquête romaine et l’épopée des Chouans. L’occasion de revenir sur la richesse culturelle et littéraire de cette région entre ciel et mer.
Le top 3 des clichés sur la Bretagne
« Il n’y a pas de mauvais temps en Bretagne, uniquement de mauvaises bottes. »
Le Roman de la Bretagne
1. Ils ont des chapeaux ronds… vive les Bretons !
© XIII from TOKYO, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
Qui n’a pas dans la tête l’image de bigoudènes effectuant quelques points de dentelle, sous leurs coiffes inimitables ? Elles ont beau s’écrier « Ils nous ont volé la recette… pirates ! », elles continuent à peupler l’imaginaire des voyageurs en herbe. Non ces dames ne préparent pas du couscous, mais une pâte à crêpe au goût inimitable. Et pour qu’elles nous dévoilent la recette, il faudra bien se défaire de tous les clichés accumulés sur les Bretons…
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Bigoudène et sexy…
© Bigoud'up: Thierry Fagot / LenOar, Krampouz Party, février 2009 |
2. Le breton, c’est sacré !
Dans les écoles bretonnes, on enseigne le breton ! Enfin, pour ceux qui veulent, il y a même les écoles bilingues. La langue a une valeur particulière dans le cœur de ses habitants. Radios, sites Internet, programmes spéciaux à la télévision régionale, et bien sûr livres publiés dans leur version originale, sont là pour faire vivre une langue qui ne s’est pas éteinte, bien au contraire ! D’ailleurs, en 2004, le Conseil régional de Bretagne a reconnu aux côtés du français le breton et le gallo comme langues officielles de la Bretagne historique. Une reconnaissance qui assure au breton encore de beaux jours devant lui… même si Gilles-Martin Chauffier regrette qu’on le considère encore comme une langue folklorique dangereuse pour le français:
« Il faut voir comment on traite les écoles Diwan. Que de bâtons on leur met dans les roues. À croire qu’étudier le breton est aussi dangereux que partir en stage dans une école coranique de Peshawar. Les talibans laïcs de l’Éducation nationale voient nos petites madrasas celtiques comme un futur vivier de chenapans primitifs formés à devenir des « fous de Toutatis ». Si encore, nos grands textes classiques regorgeaient de fatwas et d’imprécations contre les croisés francs qui attaquaient notre beau duché ! Mais non ! Il n’y a aucune archive littéraire ancienne rédigée dans le breton enseigné par Diwan. On y apprend une langue académique, modèle de virtuosité linguistique réinventé en 1920 à partir de dialectes locaux soigneusement expurgés de leurs nombreux emprunts au français. C’est un chef-d’œuvre intellectuel : une poignée d’érudits a transformé cinq ou six chars à bœufs utilisés dans l’ouest de la province en un carrosse offert à toute la Bretagne. Mais ce n’est certainement pas un arsenal caché plein de contes et légendes oubliées menaçant la douce France. »
3. Un peuple de druides et autres créatures magiques
Il se dit que Tolkien aurait puisé dans les légendes celtiques pour créer ses elfes et autres personnages fantastiques. Les korrigans, esprits à l’apparence de lutins, peuvent en effet être comparés aux hobbits de l’auteur du Seigneur des anneaux. Goscinny et Uderzo ont sans doute également pensé aux Bretons (à qui, d’ailleurs, ils consacrèrent un titre d’Astérix !), en inventant leur fameux Panoramix.
« Ceux qui se retrouvèrent chez nous, en Bretagne, vers 500 avant Jésus-Christ, s’appelaient les Celtes. […] Là, au lieu de faire demi-tour, ils ont admis que si l’on veut l’arc-en-ciel, il faut d’abord la pluie. […] Peu à peu, ils ont créé une religion bien spécifique du monde : l’Armorique – baptisée bien plus tard et par les Romains : Maris Ora, les portes de la mer, d’où l’Armor. On est à l’aube de l’histoire, Rome existe à peine, mais ne voyez pas ces lointains aïeux comme des sortes de cannibales grognant avec un os dans le nez à proximité d’une marmite de potion magique bouillante. Très vite, ils deviennent prospères et entretiennent d’excellentes relations avec leurs voisins. »
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Le saviez-vous ? Astérix aurait introduit le sacre du thé chez les Celtes !
© 2010 - Les Editions Albert-René/Goscinny-Uderzo Dans l’album resté célèbre des aventures d’Astérix chez les Bretons, les invincibles Gaulois sont appelés en renfort par leurs voisins bretons, menacés par les Romains. Astérix, Obélix et Idéfix partent chez leurs amis avec une pleine marmite de potion magique. Manque de chance : le tonneau est récupéré par les Romains qui l’ont pris pour du vin. Pour réconforter le peuple celtique, Astérix ne trouve rien de mieux que d’inventer une nouvelle boisson avec des herbes étranges. Une fois la bataille contre les Romains gagnée, cette potion d’un nouveau genre est adoptée comme boisson nationale. Ainsi naquit le thé dans cette région du monde… L’explication tout aussi loufoque qu’amusante signée Goscinny et Uderzo n’en finit plus d’amuser les lecteurs du petit Gaulois, à commencer par les Bretons eux-mêmes !
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Contes et légendes de Bretagne
Les contes et légendes font partie intégrante de la culture bretonne. Certains ont d’ailleurs inspiré de grands récits de la littérature, faisant même concurrence à Roméo et Juliette et à Robin des Bois…
La légende du Roi Arthur

© Charles Ernest Butler, Le chevalier Arthur
Folklore ou histoire ? La légende du roi Arthur continue d’intriguer, tant le récit mêle allègrement personnages issus du folklore celtique et faits historiques. Les héros et éléments du mythe arthurien, de Merlin à Perceval, en passant par la quête du Graal, Excalibur, Lancelot, Guenièvre et la Dame du Lac n’ont eu de cesse de peupler ou d’inspirer nombre de récits littéraires.

© Britton La Roche, Excalibur
Mentionné pour la première fois au 6ème siècle dans les légendes celtiques, le roi Arthur devient un grand souverain breton sous la plume de Geoffroy de Monmouth au 12ème siècle. Quelques décennies plus tard, c’est Chrétien de Troyes qui l’immortalise et en fait une figure romanesque, qui inspire nombre d’écrivains, dont Cervantès, Apollinaire, Steinbeck, Cocteau et Tolkien. Jusqu’aux Monty Python et leur farfelu Sacré Graal !
Tristan et Iseut
Cette histoire d’amour est digne d’une tragédie shakespearienne. Tristan et Iseut, le neveu et la future épouse du roi de Cornouaille, n’étaient pas destinés à s’aimer. Mais sur le bateau qui les amène en Bretagne armoricaine, sur les terres du roi Marc’h, Tristan boit un philtre d’amour préparé par la reine d’Irlande, la mère d’Iseut, offre cette eau désaltérante à la belle. S’ensuit un amour passionnel qui fait de chaque séparation un pas de plus vers la mort.

© Edmund Blair Leighton, Tristan et Iseut
Les amants prennent la fuite, jusqu’à ce que le roi les retrouve endormis dans une grotte, séparés par une épée. Convaincu par ce signe de chasteté, il pardonne leur conduite et emmène son épouse loin de Tristan. Une dernière séparation avant leurs retrouvailles funestes, où Tristan, époux d’Iseut aux mains blanches, fait demander Iseut la blonde, la seule susceptible de le soigner d’une terrible blessure de bataille. Mais l’épouse jalouse fait suspendre un voile noir au mât du bateau, signe qu’Iseut ne viendra pas. Quand Iseut la blonde arrive, il est trop tard : Tristan s’est donné la mort, elle ne lui survivra pas.
La légende, issue de la tradition orale celtique, a beaucoup inspiré littérature et musique : au Moyen-âge, vers 1170, le Normand Béroul rédige Le Roman de Tristan. Quelques années plus tard, c’est au tour de Thomas d’Angleterre d’en donner sa version, avec Tristan. Le mythe est repris des siècles plus tard par Richard Wagner, dans son Tristan et Isolde en 1865. Héros de maintes adaptations romancées ou cinématographiques, Tristan et Iseut restent à jamais les deux héros les plus romantiques de la culture bretonne.
La Bretagne et ses écrivains
La Bretagne inspire. Les écrivains se retrouvent dans cette terre battue par les flots, quand le vent souffle sur la falaise, soulevant les vagues d’une mer déchaînée. De cette terre naissent des personnages à la fois fragiles et forts face à la tempête, quand le vent se lève. Jusqu’à l’apaisement par matin calme, jusqu’au bonheur simple, mais total, qu’offre la contemplation de ses paysages uniques.
Olivier Adam

La Bretagne est une terre nourricière pour Olivier Adam, qui a choisi Saint-Malo comme ville adoptive. Nombre de ses romans y prennent place, du récent Des vents contraires à son bouleversant Falaises. La mer, cette attirante force naturelle qui peut pousser l’homme à sa perte, a toujours sa place dans les livres de l’écrivain. Sans doute parce qu’il trouve aussi dans cet élément la force et le souffle dont il dote de manière magistrale chacune de ses histoires.
Michel Le Bris
« C’est dans la baie de Morlaix que Michel Le Bris a appris à lire le monde, à déchiffrer les vents et à rêver la mer. »
Le Nouvel Observateur

Dans Un hiver en Bretagne, Michel Le Bris confie l’histoire de son enfance, sa naissance en 1944 à Plougasnou, ses premiers jours dans la baie de Morlaix. Il reviendra sur ses terres pour mieux comprendre l’énigme de cet appel au large qui le ramène toujours à ce coin de terre : la Bretagne, une contrée qui lui donne des envies de conteur. L’auteur de La Beauté du monde, finaliste du prix Goncourt 2008, lui rendra hommage en créant le festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo et dans son livre autobiographique, Nous ne sommes pas d’ici (Grasset, 2009).
Gilles Martin-Chauffier

Gilles Martin-Chauffier, originaire du Golfe du Morbihan, a décidé de partir en croisade contre les préjugés sur la Bretagne. Son idée ? Montrer aux lecteurs le vrai visage de sa terre natale, loin des sentiers battus. Découvrez ce bel hommage dans son Roman de la Bretagne.
Image: Phare du grand jardin, Saint-Malo, Pline, Creative Commons Attribution Share-Alike 3.0 Unported