Marie Darrieussecq est l’auteur de Truismes (1996), qui connaît dès sa publication un large retentissement en France comme à l’étranger. S’en suivent de nombreux romans et autres écrits, tous publiés chez P.O.L., dont Tom est mort en 2007. C’est Hervé Guibert qui lui donna envie de lire Emmanuel Bove. Elle nous parle d’Emmanuel Bove dans la préface du Pressentiment, paru en « Signatures ».
« Je vois Bove comme un précurseur de Patrick Modiano, avec son goût pour les quartiers périphériques, pour les marginaux discrets, qui ne sont pas tant des antihéros que des déserteurs. De magnifiques êtres de refus, un refus d’autant plus formidable qu’il est sans effet, sans esbroufe – refus même de convaincre ou de s’expliquer.
La fameuse petite musique de ces auteurs discrets devient une ligne de basse qui accompagne chaque phrase et qui, l’air de rien, fait trembler les mots. Une langue souterraine, puissante sous son silence apparent. Peu de métaphores, pas de poésie, pas de recherche narrative visible, mais une sorte d’antidote à tout discours conventionnel. De ces livres-là, dépourvus d’emphase, il reste un goût, un poids, une douceur triste, et quelque chose comme de l’amour et de l’innommé. »

Marie Darrieussecq s’étonne qu’on ait longtemps considéré Emmanuel Bove comme « le plus grand des auteurs mineurs » quand son œuvre apparaît aujourd’hui indispensable pour éclairer celle des écrivains contemporains les plus importants, à commencer par Modiano.