Bicentenaire de la naissance d'Alfred de Musset

 

11 décembre 2010
Actualité

Bicentenaire de la naissance d'Alfred de Musset

Un enfant du siècle

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Alfred de Musset, l’écrivain prodige

 

Alfred de Musset

      © Charles Landelle

 

Il se raconte qu’Alfred de Musset a connu sa première passion à l’âge de quatre ans, séduit par les récits enflammés de sa cousine Clélie. Musset est un précoce. Dans ses amours, comme dans son écriture : lycéen brillant, il décide de se consacrer uniquement à la littérature dès 1828 – il n’a alors que dix-huit ans. L’année d’avant, il a déjà fait son entrée au Cénacle de Charles Nodier, le cercle littéraire le plus en vue à la Bibliothèque de l’Arsenal, où il rencontre Sainte-Beuve et de Vigny, ses futurs amis proches.

« Je donnerais tout ce que j'ai écrit pour un seul vers d'Alfred de Musset. »

  Jules Barbey d'Aurevilly


En 1829, son premier recueil de nouvelles, Contes d’Espagne et d’Italie, est salué par de grands noms de la littérature, dont Alexandre Pouchkine, Alexandre Dumas et Jules Barbey d’Aurevilly. Son entrée sur la scène poétique est remarquée, tout comme l’âme passionnée de cet « enfant terrible du romantisme », victime d’un « mal du siècle » qui ne cesse de le hanter.

Il acquiert tout aussi rapidement une réputation sulfureuse : amateur de femmes, il fréquente assidûment les cabarets et ses prostituées. Le 1er décembre 1830, au théâtre de l’Odéon, la première représentation de La Nuit vénitienne est un échec accablant. Il tourne le dos à la scène, tout en continuant à écrire ses pièces. Désormais, il les publiera dans La Revue des Deux Mondes et les rassemblera en volumes, sous le titre évocateur Un Spectacle dans un fauteuil. C’est ainsi que paraissent dans les années qui suivent nombre de ses chefs-d’œuvre, incluant Lorenzaccio, On ne badine pas avec l’amour, La Nuit vénitienne et Il ne faut jurer de rien.

« Je ne peux pas vivre sans toi, voilà tout. »

Alfred de Musset

 

George Sand


 © Alfred de Musset, Bibliothèque de l’Institut


C’est par une belle soirée de juin 1833 qu’Alfred de Musset, invité à un dîner au Lointier organisé par François Buloz, le directeur de La Revue des Deux Mondes, fait la connaissance de sa voisine, l’auteur George Sand, de son vrai nom Aurore Dupin. Ils ont été placés côte-à-côte par le hasard des circonstances : à vingt-deux ans, il est le plus jeune de l’assemblée ; elle est la seule femme dans ce monde d’hommes. Immédiatement charmés l’un par l’autre en ce 19 juin, ils deviennent des amis inséparables et se revoient souvent au cours de l’été. Le 25 juillet, juste après avoir lu Lélia, son roman à elle, Alfred de Musset se déclare auprès de sa belle :

« Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été chez vous. »

Alfred de Musset


Elle et Lui, deux enfants du siècle romantique

 

Une passion brûlante et fugace


Il n’y a pas plus romantique que l’amour d’Alfred de Musset pour George Sand. Aussi brûlante que fulgurante, leur liaison a fait couler beaucoup d’encre, à commencer par celle du poète et de sa dulcinée, mais aussi celle du frère du poète, Paul de Musset, qui appréciait peu George Sand. Dans la biographie d’Alfred de Musset, parue fin septembre chez Points, il est l’un des premiers témoins à écrire sur le mythe que les deux écrivains ont fait naître. Une passion, certes bien romancée, mais digne des plus belles pages de la littérature française.

 

Biographie d'Alfred de Musset


Les amants connaissent des jours heureux à Paris. Ils échangent leurs textes et leurs idées, dessinent ensemble. Ils sont les « enfants du siècle », un siècle de révolutions où ils remettent en cause les conventions sociales dépassées, les normes qui font du mariage, hyperbole du pouvoir masculin, un carcan pour les femmes.

 

   George Sand                                Alfred de Musset

© Auguste Charpentier                                     © Charles Landelle


George Sand conquiert sa liberté: elle prend un pseudonyme masculin dès ses premiers écrits en 1829, n’hésite pas à s’habiller fréquemment en homme, se sépare en 1831 de son mari, le baron Dudevant, et mène une vie libre aux amours nombreuses et agitées.

Alfred de Musset, lui, est un poète et dramaturge prolifique à la vie passionnée. Il est aussi une victime fréquente de crises hallucinatoires, dont la première devant George Sand à leur séjour à Fontainebleau en 1833.

Mais les jours heureux ne durent pas. Ils s’embarquent pour Venise le 12 décembre. George Sand est malade quand il s’installe à l’hôtel Danieli. Entre deux veillées à son chevet, Alfred de Musset ne résiste pas à ses vieux démons et passe ses nuits dans les cabarets de la Cité des doges, aux côtés de prostituées. George Sand ne lui pardonnera pas. Lorsque Musset est victime à son tour de fièvres, elle fait appeler le jeune médecin Pietro Pagello, qui devient son amant.

« Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond. »

Alfred de Musset


Ce voyage, apogée de leur romantisme destructeur, sera le révélateur d’une passion fondée sur l’amour fou, la jalousie et la destruction. Sans jamais cesser leur riche correspondance, ils se détacheront peu à peu l’un de l’autre. Au retour de George Sand à Paris, en août 1833, ils se réconcilient pour un temps, avant de se déchirer de nouveau, poussant George Sand à se couper les cheveux, symbole de leur autodestruction. Musset quant à lui brandit un poignard à plusieurs reprises, avant leur dernière rencontre, le 6 mars 1835, suivie de la fuite de George Sand à Nohant, sa maison familiale.

« Adieu mon enfant, que Dieu soit avec toi. »

George Sand


Une période d’intense créativité

La rencontre d’Alfred de Musset et de George Sand est une formidable période d’inspiration pour les deux écrivains. Déjà reconnus à l’époque de leur rencontre, ils ne cessent de travailler ensemble sur leurs textes respectifs et surtout, d’écrire sur leur passion.

Alfred de Musset écrit ses plus belles pièces de théâtre, dont son chef-d’œuvre dramatique qu’est Lorenzaccio, sur une idée de George, ainsi que lettres et poèmes en l’honneur de sa muse. George Sand devient un écrivain incontournable : son œuvre est immense, de La Mare au diable à La Petite Fadette en passant par des romans plus personnels, dont, plus tard, Histoire de ma vie et Elle et Lui.

Après leur séparation définitive, Alfred de Musset souhaite raconter leur histoire de manière romanesque. Elle lui inspire son seul roman en prose, La Confession d’un enfant du siècle, qu’il dédie à George Sand, et probablement nombre de ses poèmes les plus aboutis dans son recueil Les Nuits.

 

Les Enfants du Siècle de Diane Kurys


Les enfants du siècle

© DR-Les Enfants du Siècle

 

Diane Kurys propose sa version du mythe Sand-Musset dans ce long-métrage de 1999 où les écrivains maudits sont incarnés avec talent par le duo Juliette Binoche et Benoît Magimel.

Quelques images pour mémoire :


 

 

 

De l’histoire à la légende

Correspondances

La légende commence à travers les lettres, nombreuses, que s’échangent les deux écrivains le temps de leur amour. Une correspondance riche et poétique, recueillie par les frères Poivre d'Arvor dans Je souffre trop, je t'aime trop - Passions d'écrivains, dans la collection Points "Mots pour Mots".

 

Passions d'écrivains


La Confession d’un enfant du siècle

Alfred de Musset crée sa propre légende en publiant en 1836 La Confession d’un enfant du siècle, autobiographie déguisée sur son amour pour George Sand. Il y exprime son « mal du siècle » où il ne trouve qu’ennui et vide et sa relation passionnée et tumultueuse avec sa maîtresse. Œuvre-phare du 19ème siècle, elle dresse le portrait de cette génération romantique en quête d’elle-même.

« Pendant que tes lèvres touchaient les siennes,
pendant que tes bras entouraient son cou,
pendant que les anges de l'éternel amour vous enlaçaient
comme un seul être des liens du sang de la volupté,
vous étiez plus loin l'un de l'autre que deux exilés
aux deux bouts de la terre, séparés par le monde entier.
Regarde-la, et surtout fais silence. »


Elle et Lui

Elle et Lui

 

En 1859, deux ans après la mort du poète, George Sand publie Elle et Lui, sa version romancée de son amour destructeur pour Alfred de Musset. Sous les traits de Thérèse et de Laurent, deux peintres dévorés par la passion, se dévoile l’auteur, follement éprise du poète et dramaturge. Elle y raconte une passion faite d’amour et de jalousie, de proximité avec la mort aussi. A sa sortie, le roman fait grand bruit, accusé de transformer la réalité historique. Les critiques les plus féroces sont celles des amis de Musset et de Paul de Musset, frère aîné du poète.

C’est en réponse à la version de l’histoire donnée par George Sand que Paul de Musset en écrit la parodie avec Lui et Elle, six mois plus tard, puis sa biographie. Histoire de remettre en lumière son frère et son œuvre immense, qu’il fera en partie rééditer, dont ses pièces de théâtre La Mouche et Les Caprices de Marianne. En mémoire du poète, Points a publié le 23 septembre Si j’étais femme. Poèmes choisis, une sélection des plus beaux poèmes d’Alfred de Musset.

 

Si j'étais femme

 

Pour aller plus loin

Une si belle image

Vidéo

 

 

 

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2012

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