Le Roi n'a pas sommeil de Cécile Coulon

6,2€ // 168 pages
Paru le 09/01/2014
EAN : 9782757830222

Le Roi n'a pas sommeil

Cécile Coulon

Littérature

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Thomas Hogan aura pourtant tout fait pour exorciser ses démons ? les mêmes qui torturaient déjà son père. Quand a-t-il basculé ? Lorsque Paul l’a trahi pour rejoindre la bande de Calvin ? Lorsqu’il a découvert le Blue Budd, le poker et l’alcool de poire ? Lorsque Donna l’a entraîné naïvement derrière la scierie ?


Cécile Coulon est née en 1990 à Clermont-Ferrand. Son précédent roman, Méfiez-vous des enfants sages, est également disponible en Points.



« Un récit âpre et tendu par une écriture incisive qui sait percer le mystère des âmes et leur nature sauvage. »

Le Monde des livres




Prix Mauvais Genres 2012 (France Culture ? Le Nouvel Observateur)

Tous les titres du même auteur
 

Commentaires

10 mai 2014
Vanille LN (Membre Jury)

"Ce que personne n’a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, autour d’une bière fraîche, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, ce poids, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les écoliers, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n’a pu savoir, c’est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras était venu lui passer les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise. […] Personne n'a jamais su. Quand la mère de Thomas s'est précipitée hors de chez elle, sa robe à moitié défaite, ils n'ont pas vraiment compris. […] Personne ne savait réellement ce qui s'était passé. Les volets de la maison demeuraient clos. Les poutres pourrissaient. Aucun parent n'était venu ouvrir la bicoque depuis l'enterrement. Peu à peu, la ville engloutissait ce qui restait de la famille Hogan. Bientôt, l'histoire de Thomas devint une légende du bourg : un mauvais souvenir qui faisait peur aux gosses et alimentait les conversations de comptoir.

Non, vraiment, personne n'a jamais su."

Une petite ville quelque part aux Etats-Unis, une de ces villes conquise et bâtie par les pionniers et désormais rongée par la lassitude et le découragement. Une ville imaginaire – ou pas, on ne sait exactement où et peu importe. Ce qui compte, c'est ce qu'elle symbolise et ce qu'elle porte en elle. Ce qui importe c'est qu'elle soit un lieu obscur, porteur d'une malédiction sourde qui va s'abattre impitoyablement sur le pauvre Thomas Hogan. L'ambiance est proche de celle des livres de Steinbeck (sous l'égide duquel, en exergue, est placé le roman), une ambiance faite de mystère, de légendes, de tragédies muettes et de drames aux accents bibliques.

Dans cette petite ville, on suit le destin implacable d'une famille, les Hogan. Le père, William, dur à la tâche, travaille à la scierie la semaine et donne un coup de main le week-end à la caserne de police où il est chargé de classer les "fiches vertes", qui composent le "répertoire macabre" des affaires sordides du comté. Pénibilité du travail physique à laquelle succède le spectacle de l'horreur qui, insidieusement, l'atteint, s'immisce en lui, le contamine d'une "humeur noire", qui, dans l'alcool, se mue en violence. William s'isole peu à peu de sa famille, de sa belle et douce épouse Mary et de son fils unique, le petit Thomas, garçon fragile et discret qu'il imagine dans un bureau plutôt que dans les bois. Mais il n'aura pas le temps de voir son fils grandir, il se blesse gravement à la main et est emporté par la gangrène.

À l'enterrement de William Hogan, toute la ville est là, autour de Mary et Thomas, dont certains pressentent déjà, par "sa façon de se tenir en retrait, son regard quand une gamine criait trop fort, le mouvement de ses lèvres sans que le moindre son s'en échappe", qu'"il y avait quelque chose de son père en lui, un mauvais sang qui roulait dans ses veines : l'écume avant l'orage". Le drame annoncé dès les premières lignes du roman se précise, semble s'avancer, imminent, grave et énigmatique, mystérieux et masqué.

Peu à peu, c'est un cercle maudit, infernal qui se referme, se resserre autour de Thomas, comme dans l'enfer de Dante. Un cercle de trahisons, d'échecs, de déceptions qui l'emprisonne et l'entraîne vers la chute. C'est la chronique d'un drame annoncé qui fascine par le caractère insidieux et inexorable dont l'étau se resserre autour du personnage de Thomas. Même si la tragédie est attendue, l'intrigue n'en est pas moins haletante, courte mais d'une densité et d'une intensité prenantes. L'écriture tout autant que l'histoire sont incroyablement maîtrisées, le style est original, ciselé, sobre tout en étant imagé, doté d'une puissance évocatrice remarquable. Dans une atmosphère en apparence paisible, banale, feutrée dans le conformisme, Cécile Coulon parvient à faire sourdre l'inquiétante étrangeté des consciences tourmentées. Son récit âpre, tendu, incisif, porté par une écriture hypnotique, puissante, emporte le lecteur dans les tréfonds de l'âme humaine. Jusqu'au vertige.

27 avril 2014
brigitte MAILLOCHON

Il y avait un sujet d'une gravité magnifique, cet être emmuré qui nous renvoie à toute notre impuissance à sauver ceux qui sombrent dans l'autodestruction.
Mais dommage. Je n'avais rien lu d'aussi noir depuis "les âmes grises", mais voilà... trop léché, trop caricatural, trop sale, trop pesant ... un bel exercice de style certes, sûrement très prometteur.
Pour ma part je n'en garderais que ce rendez-vous manqué avec la mère qui pour moi restera l'anti-héroïne incontestable de ce roman.

17 avril 2014
Sandrine (Membre du jury)

Une écriture fine et nerveuse qui nous entraine dans un monde âpre faisant penser à Harper Lee ou Truman Capote. Cette même écriture prévenant que la fin heureuse n’arrivera pas et qui nous emporte violemment dans les tourments de ces personnages. Cécile Coulon est la promesse d’une écriture française réinventée. A quand un gros volume afin de pouvoir se délecter plus longtemps de son monde.

15 avril 2014
Manon Lisait (membre du jury)

Imaginez ma surprise quand j'ai lu au dos du livre que l'auteur, Cécile Coulon, était née en 1990 et que - la crise cardiaque était proche - ce n'était pas son coup d'essai. Curieuse et jalouse, j'ai donc lu Le Roi n'a pas sommeil avec des sentiments mêlés.

L'histoire est simple et efficace. Nous sommes dans une petite ville ouvrière et William, un employé de la scierie locale, un homme violent et taciturne, s'entaille méchamment la main et meurt quelques jours plus tard de sa blessure infectée. Son fils Thomas, jusque là un garçon sans histoire et plutôt travailleur à l'école, est profondément choqué. Le jeune homme aux traits fins chez qui son père ne voyait aucune ressemblance chausse les bottes de son père et change complètement, jusqu'à l'accident inévitable et attendu depuis les premières pages qui le plongera en prison.

Le Roi n'a pas sommeil est une mini roman diablement maîtrisé, peut-être trop d'ailleurs. Le texte est clinique et très technique. On sent la khâgneuse derrière sa plume, appliquée et intelligente. On accordera tout de même beaucoup de qualités à ce texte : tout d'abord, l'histoire est simple et elle a une réelle identité. Les personnages sont esquissés, ils se définissent plus dans l'action que par une mise en scène narrative à la Zola. Le texte coule et file, fluide et homogène. Mais le plus grand talent dont fait preuve l'auteur ici réside à mes yeux dans l'ambiance qui est dessinée. On est dans un univers un peu spécial, proche du conte. Ce n'est clairement pas le milieu social ou géographique de l'auteur, mais c'est vraiment bien maîtrisé. Cet univers passe autant par l'écriture, la justesse du texte , que par la trame narrative en elle-même. Cécile Coulon a certainement été très rigoureuse dans sa relecture, faisant de cette petite centaine de pages un petit bijoux ciselé avec soin.

Je savais que je chercherais tous les petits points pour pinailler, je ne vais pas faire une inutile liste tous les éléments qui ne me plaisent pas, mais la plus grande frustration à mes yeux une fois la dernière page refermée, c'est de ne pas avoir retrouvé l'auteur nulle part. Derrière cette centaine de pages en huis clos, on ne la sent jamais. C'est un texte hors du temps, sans attaches géographiques ou sentimentales. Et Cécile Coulon ne s'est autorisée aucune erreur, aucune complaisance. Deux erreurs majeures à mon goût : à ne pas s'attacher à ses personnages, elle ne donne aucune possibilité à ses lecteurs de le faire. On les contemple de loin, comme elle, en sachant depuis la première page vers quoi on va. Pourquoi s'attacher à quelqu'un qui finira par être un criminel ? Le titre aussi reste énigmatique et jette une ombre prétentieuse sur un texte qui se fait justement remarquer pour sa simplicité et son authenticité. Peut-être choisirai-je justement de considérer ce choix comme l'erreur que je cherche tant depuis le début et qui rend le texte plus humain.

23 mars 2014
françoise maurel ( membre du jury )

" le roi n'a pas sommeil" est un livre bref ( 154 pages) qui arrive cependant rapidement à nous transporter dans ce petit village du fin fond des états unis et à nous faire vivre au rythme des tourments de ses acteurs .
Thomas, le personnage principal, est comme pris ,englué, noyé dans une espèce de génétique fatale : échappera-t-il au triste destin tracé par son père ?
Bravo à la toute jeune femme qui a écrit cet ouvrage pour la grande tension psychologique qu'elle a su construire tout au long de ce récit accaparant!
Oui, j'ai bien aimé lire ce petit livre même si je pense aussi que son auteur aurait pu en travailler un peu plus le rythme de certaines phrases et leurs ponctuations .
Cécile Coulon : je retiens son nom !

23 mars 2014
Sarah Guighui (juré)

Cécile Coulon est pour moi une vraie promesse littéraire dont l'écriture, puissante et précise s’inscrit dans la droite lignée des auteurs américains que j’affectionne (John Steinbeck et Truman Capote). Elle décortique avec justesse les états d’âme et la puissance dévastatrice des émotions contenues et des frustrations. Malgré un léger sentiment d’inachevé, j’ai apprécié ce livre que je recommande car je reste persuadée d’avoir trouvé en Cécile Coulon une future grande plume de la scène littéraire française.

21 mars 2014
Stéphanie Camous

Nous savons qu'il est arrivé quelque chose d'horrible à Thomas Hogan et bientôt toute la ville saura. En attendant, Cécile Coulon nous révèle l'histoire dans un suspens qui va en grandissant. Thomas est plutôt parti sur le bon chemin, on sait que ça va mal tourné mais quand ? pourquoi ? Très habilement, Cécile Coulon nous raconte l'évolution psychologique de Thomas en miroir de celle de Paul, son ami d'enfance, et son ascension vers la tragédie. L'écriture est brillante, nous entendons bien tous les "qu'en dira-t-on" des petites villes, la difficulté de vivre avec, de vivre loin, de se conformer ou non. Un très bon moment de lecture.

21 mars 2014
Carla Lavaste

Peut-être que le roi de Cécile Coulon n’a pas sommeil, mais pas sûr que tous les lecteurs de ce roman puissent en dire autant après avoir refermé le livre. Le talent littéraire de l’auteur existe, certes, mais reste malgré tout très inégal. Si le style général est tenu, régulièrement et ponctuellement l’auteur utilise un vocabulaire relâché ou parlé qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe. On pourra noter que, curieusement c’est en général pour désigner les enfants (les gosses, les gamins, etc.). Quant à la toile de fond du roman, elle manque singulièrement de consistance. Impossible de se représenter ne serait-ce que le pays où se déroule l’histoire. États-Unis ? Angleterre ? Mystère. De même pour la propriété des parents du personnage central, Thomas. On sait qu’elle est vaste, mais dans quelle mesure et à quoi ressemble-t-elle ? Aucune idée. Il règne donc dans ce roman un certain flou, pour le moins gênant quand ce n’est pas tout simplement agaçant. Enfin, la personnalité de Thomas est elle-même difficile à cerner, aussi insaisissable qu’un poisson sorti de l’eau. De sorte qu’on ne comprend pas ses actes, ses décisions, sa vie. Mais venons-en – quand même – aux points positifs. Il faut reconnaître à Cécile Coulon l’art de maintenir un certain suspense et de savoir créer une ambiance. On sait dès la première page du livre qu’un drame va se dérouler et c’est bien l’envie de savoir en quoi il consiste, qui va nous amener à finir le livre. Mais pas grand-chose de plus, malheureusement.

20 mars 2014
Delphine Lahary (juré)

Chronique familiale dans un univers américain, entre roman policier et drame. La concision et la sobriété du style de Cécile Coulon donnent à ce court roman l’efficacité dramatique des nouvelles inspirées de faits divers. L’écriture est travaillée sans outrance, on est bouleversé par l’itinéraire et le destin de Thomas Hogan. Tous les éléments se mettent en place pour tisser un destin auquel il ne peut échapper, alors que tout le prédispose à « réussir » sa vie. Nouvel Œdipe ? Le crime commis le fait devenir en effet un personnage légendaire, « le fils de Mary » , dans cette petite ville des Etats-Unis, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Steinbeck (invoqué d’ailleurs en épigraphe)
Hérédité ? (un père sombre, triste et violent)
Le roman se relit à la lumière de la chute et on se rend compte qu’il ne pouvait en être autrement, sans pour autant trancher sur ce qui fait basculer le héros. C’est déjà ce qui est annoncé dès le début : « Non, vraiment, personne n’a jamais su. »
Thomas atteint le rang de ces personnages mythiques, héros tragique, coupable et innocent à la fois.

Mon coup de cœur depuis le début de mes lectures dans le cadre du prix des lecteurs ! A lire absolument !

18 mars 2014
Michèle Finance (membre du jury)

Un roman bien écrit qui raconte la vie de Thomas Hogan, gamin frêle, sensible, taciturne, ombrageux, qui à la mort de son père se retrouve seul avec sa mère. Une vie simple et heureuse. Mais le temps passe, le gamin grandit et les événements vont façonner peu à peu sa personnalité, pour le meilleur et pour le pire. L'enfant est devenu un jeune adulte en proie aux pires tourments, de chronique familiale en ballade tragique, Cécile Coulon nous promène dans un récit âpre et tendu, finalement assez décevant.

12 mars 2014
Jeanine Marthouret

Ce roman est l'oeuvre d'une jeune narratrice qui s'inscrit dans la lignée des grands écrivains, mais si nous sommes captivés jusqu'au bout, l'intrigue nous déçoit par son manque d'épaisseur. C'est le style
qui nous transporte et nous maintient essentiellement en haleine.
"Le roi n'a pas sommeil" s'ouvre dans le mystère, à la manière d'un roman policier et l'auteure nous entraîne dans les tréfonds de la ruralité anglo-américaine faite de travail, d'épuisement, de violence et d'alcool, qui libèrent la bête humaine et sont hostiles aux amours partagées.
Cécile Coulon, par son écriture vive, par sa langue qui colle aux personnages et à l'univers évoqué, par la force de ses images qui préfigurent symboliquement ou révèlent les drames et les sentiments des protagonistes, sait parfaitement nous plonger dans ce monde rural ancestral et brutal où le mutisme cache les drames chez ceux qui les subissent, mais où la rumeur inéluctable tisse la trame de la mémoire locale.
L'auteure suggère, à travers ses anti-héros,les problèmes liés à la misère, à l'alcool, au jeu, à l'hérédité, au déterminisme, à la relativité du bien et du mal, à l'aliénation, à l'identité.. et si nous sommes frustrés sur le fond, le style nous transporte et nous laisse augurer que Cécile Coulon sera prochainement parmi les meilleurs romanciers de langue française.

11 mars 2014
Corinne Mathieu

Il faut lire ce roman comme une tragédie antique dans laquelle le Héros est poursuivi par la Fatalité.
Dès le départ, on sait que cela finit mal, très mal, même si le Choeur des "vieilles, des familles, des écoliers, des chauffeurs de bus et des prostituées" ne sait pas réellement ce qui s'est passé.
Ça finit mal et ça commence par un cri, horrible, celui d'"un poulain qu'on égorge", celui d'une mère qui a perdu son fils. Ce fils, c'est Thomas Hogan, fils de William Hogan, homme ombrageux, ténébreux mais travailleur, qui se tuera d'ailleurs à la tâche dans la scierie où il travaille, suite à une blessure mal cicatrisée qui dégénérera en gangrène et l'emportera.
Dès lors, la main gangrénée du Père pèse de tout son poids de fatalité sur le destin du Fils. Et Thomas Hogan aura beau échapper, tel Hercule, aux serpents qui menacent son enfance fragile, il aura beau être un adolescent puis un jeune homme parfait s'efforçant de suivre, toujours, le droit chemin, il finira par déraper et devenir, tel Oedipe, un fils maudit car la mécanique de la Tragédie est implacable, inexorable : les amitiés trahies, les amours impossibles,la folie, le goût de l'alcool de poire et celui du sang imposent leur Loi et finissent par gangréner le coeur de ce roi sans sommeil qui règne sur son domaine d'une beauté sauvage et teintée de rouge-sang.
Il faut lire ce roman de Cécile Coulon pour la force de ce récit atemporel, pour la beauté de ses métaphores, pour la simplicité tranchante et sans fioritures de son style.

11 mars 2014
Marie d'Eshougues

Il est difficile de dire pourquoi j'ai aimé ce livre, mais je l'ai aimé, adoré, dévoré. Cécile Coulon nous invite dans cette petite ville qu'on devine perdue au fin fond des Etats-Unis et nous offre, avec brio, les vies et les plus inavouables pensées de cette communauté… et surtout de Thomas. Thomas qu’on suit tout au long de sa vie, qu’on découvre petit garçon sage, adolescent perturbé, puis adulte...
Les phrases sont justes, précises, tout comme les personnages. Pas un mot de trop, pas une idée ou un sentiment ne nous échappe. L'auteure nous ouvre en grand les portes de son histoire et nous y plongeons avec délectation, avant de refermer le livre avec tristesse pour ces hommes et femmes qu’on abandonne.

9 mars 2014
Christiane Capelle

Peut-on échapper à ses démons?
La violence est-elle héréditaire?
Thomas Hogan a tout fait pour vivre une vie normale. Malgré un père submergé par sa violence mais qui disparaît très tôt de sa vie, il grandit dans un environnement propice en essayant d'être le fils et le garçon parfait. Une mère qu'il aime et qui lui est tout à fait dévouée, il ne se laisse pas entraîner sur la mauvaise pente malgré les tentations. Bon élève, bon fils un jour, brutalement tout bascule, l'irrémédiable se produit.
D'une écriture nerveuse, épurée l'auteure crée une ambiance, une attente. La tension monte, ça ne pouvait que mal finir.
Un très beau roman.

3 mars 2014
Juliette Boussais-Massuyeau

Un grand coup de coeur! La présentation de l'auteure évoquait "son goût prononcé pour la littérature de Steinbeck" entre autres. Le roi n'a pas sommeil m'a entraînée dans une bourgade dans un lieu indéfini que l'on devine anglo-saxon, un temps flou car l'intrigue est poussée dans les confins de l'homme et non de l'histoire... Deux éléments accompagnés par une force d'écriture qui confère aux personnages toute leur puissance. Le roman est agréablement âpre. On entre par la fin, une fin elliptique mais qui est annoncée cruelle, tragique et petit à petit on remonte le temps au fil de cette famille, les Hogan. William le père qui lègue sa sauvagerie à Thomas, son fils, sauvagerie longtemps latente éclatant dans l'histoire, nous surprenant alors que cela faisait déjà plusieurs pages qu'on l'attendait, on le savait. Il y a également Mary, la mère, mère courage et O'Brien le médecin du village, Donna ou encore Paul sans oublier le Blue Budd.

3 mars 2014
Sylvie Vander Donckt (membre du jury)

Cécile Coulon s’y entend pour créer des ambiances. On visualise sans peine la petite ville paumée quelque part dans le sud profond des USA, et ses habitants en perdition. Surtout les hommes, qui après s’être tués à la tâche à la scierie le jour, finissent de s’abrutir avec le tord-boyaux du bar local le soir.
Parmi ces hommes, on nous parle d’abord de Thomas Hogan, et dès les premières pages, on comprend que ça se passera mal pour lui. Un peu plus loin, on remonte le temps et on nous présente William Hogan, père du précédent, mort inopinément alors que Thomas n’était qu’un enfant.
Les 140 pages du roman tentent de nous expliquer pourquoi Thomas a mal tourné, alors qu’il semblait pourtant né sous une moins mauvaise étoile que celles allouées à ses camarades du même âge.
Pour comprendre cette « malédiction », on nous fait remonter aux supposées racines du mal, c’est-à-dire à la jeunesse du père, William. Celui-ci est un travailleur acharné, qui à force de labeur, réussit à économiser pour acheter le domaine dont il rêvait. Il épouse Mary, le meilleur parti de la ville. Tout pour être heureux, donc. Sauf que William a parfois un regard étrange, dans lequel Mary voit sourdre la violence, sans comprendre d’où elle vient. C’est là qu’on nous donne un indice : certains soirs, William donne un coup de main au poste de police pour classer les fiches vertes, sur lesquelles sont répertoriées toutes les atrocités perpétrées dans la région.
Thomas grandit dans la quasi-indifférence de son père, qui ne retrouve guère son image dans la silhouette de ce frêle gringalet.
A la mort de William, la vie de Thomas prend un tournant, obligé qu’il est de devenir l’homme de la maison. Dans ce rôle-là, il sera parfait : bon élève à l’école, il ne se laisse pas entraîner sur la mauvaise pente par son copain Paul ; travailleur, il aide sa mère à entretenir le domaine ; devenu bel homme, il se laisse séduire par Donna, jeune fille parfaite. Tout pour être heureux, donc. Mais cette future belle histoire va déraper en même temps que la voiture de Thomas.
Pourquoi ? C’est là tout le problème, je n’ai pas compris pourquoi. D’accord, le père de Thomas est étrange et violent. Mais est-ce que tout homme bagarreur engendre nécessairement un fils « maudit » ? Bien sûr, William a eu sous les yeux des fiches de police horribles. Y avait-il donc tant de meurtres sordides commis dans ce trou perdu ? Et si encore William en avait parlé à son fils, mais ce n’est pas le cas. Ensuite, certes, Thomas a perdu son père trop tôt. Et alors ? Admettons, il subit une déception amoureuse. Mais tous les cœurs brisés ne vont pas en prison.
Bref, ce roman ne me semble pas abouti. Trop elliptique, trop mystérieux. On veut nous faire croire à un certain atavisme, au gène de la violence. Je ne nie pas que le contexte familial et social puisse joue un rôle dans la reproduction de certains comportements, mais ici c’est trop peu étayé psychologiquement. L’auteur n’explique rien, se contente de sous-entendus, avec la conséquence que pour moi, ce n’est pas vraisemblable.
Ceci dit, en dépit de quelques métaphores hasardeuses (y compris le titre), l’auteur possède un talent d’écriture certain, qui fait que malgré tout on reste captivé jusqu’au bout par l’histoire. Mais il reste un goût de trop peu, ce n’est pas assez percutant. N’est pas Steinbeck qui veut…

26 février 2014
Nathalie

Mais quel est ce truc insaisissable que maîtrise Cécile Coulon à la perfection pour créer une ambiance, une attente, une tension ? Comme dans Méfiez-vous des enfants sages, nous voici propulsés dans un univers américain, avec pour guide le jeune Thomas Hogan. Faut-il croire aux présages ? En tous cas, lorsqu'il était tout petit, sa mère l'a sauvé in extremis d'un petit et sournois serpent qui lui rôdait autour.

Il lui faut combattre dès son plus jeune âge pour sortir la tête de l'eau. Le père de Thomas n'a pas eu de chance. Un accident l'a handicapé sérieusement puis a eu sa peau. Alors il faut faire vivre le famille et rester digne. Ce que Thomas fait, pas comme les petites frappes de son village, dont Paul, son copain d'enfance. Et après, après, c'est l'arbre des choix et des fatalités qui en entraînent d'autres. La belle Donna, les parties de poker, les coups de colère et les verres d'alcool de menthe...
Cécile Coulon révèle sur mon blog "Fais-moi les poches !" quelques uns de ses secrets d'écriture (http://fais-moilespoches.hautetfort.com/archive/2014/02/26/cecile-coulon-travailler-les-phrases-le-style-la-patte-5308643.html)

26 février 2014
Victoria Buffet (membre du jury)

Ce livre retrace le parcours de Thomas Hogan. Nous nous risquons à tenter de comprendre le passage à l’acte de celui-ci, lors de la scène finale. Et à cela, plusieurs raisons sont évoquées. Ces éventualités sont contées au fil de la vie du jeune homme. Les souvenirs ne s’effacent pas et font de cet homme un personnage plein de rancœur, d’amour et de haine entremêlés. Je ne m’étais pas attachée au résumé qui annonce de but en blanc cette fin. Une fin que je n’ai pas vraiment appréciée. Le personnage principal, Thomas, était en voie de se reconstruire malgré les tourments passés auxquels il avait su faire faire. Cela promettait de belles retrouvailles avec sa mère dans la maison où il a vécu étant enfant. Peut-être suis-je un peu trop sentimentale ces temps-ci ?
Je tiens néanmoins à saluer le discernement et la finesse de la romancière. Celle-ci a le même âge que moi et construit de bout en bout une histoire bien ficelée. Une histoire agréable qui se lit facilement.

25 février 2014
Alexandra - jurée 2014

J'ai adoré l'intemporalité sculptée par Cécile Coulon dans ce texte. On devine les datations par les achats d'aliments, les vêtements et les habitudes des personnages, leur décor, ce qui est une technique habile pour situer visuellement son histoire. Du coup, on y est, et j'approuve les commentaires d'autres lecteurs sur l'envie de lire d'une traite ce roman court et figuratif. En revanche, j'ai moins apprécié la construction circulaire, lire la fin pour comprendre le début, qui à mon sens n'est pas claire, et comme j'ai pêché une coquille ici ou là dans l'édition de poche, je n'étais pas forcément sûre de ma lecture. Enfin, pour un titre écrit si jeune qui dégage une telle sensorialité, je dis bravo, tout court.

24 février 2014
Sandra Gaspardino (membre du jury)

Un village aux Etats Unis. Les « Hogan ». Une propriété. Une atmosphère. Un destin.
Thomas Hogan, à la mort de son père se retrouve à la tête du Royaume.
Son royaume, c’est une propriété magnifique. Il y vit avec sa mère, Mary.
L’amour entre le fils et sa mère est bienveillant.
Aux portes de la propriété, l’environnement est parfois rustre, violent, alcoolisé.
Thomas semble habité par cette atmosphère, imbibé par cet endroit et ses tourments.
Thomas a la réussite entre les mains, mais il préfère mettre ses mains dans les poches.
Il prend le mauvais chemin, un peu comme si la gangrène qui a emporté son père l’avait atteint lui aussi.
Cécile Coulon est très jeune mais ce livre est d’une grande maturité. Il parle des hommes, des relations humaines et de la grande inconnue : Pourquoi certains prennent un jour le pire des chemins alors que le meilleur est là devant eux, déjà tout tracé ?

23 février 2014
Alice MONARD, jurée du prix 2014

Voici un petit livre coup de poing écrit par une très jeune et talentueuse romancière. En 140 pages, elle réussit à nous transporter dans une petite ville où la vie est rude, entre une scierie, un bar, une école ... Il y a des parents violents, des parents aimants, des enfants qui grandissent comme ils peuvent. Certains comme Paul sont mal partis, d'autres comme Thomas, sont choyés par une mère qui fait des tartes et dont le linge sent tellement bon. Mais le père de Thomas va laisser une veuve et un fils courageux mais qu'un accident fera basculer vers son côté sombre. Dans cette petite ville où tout se sait, où tout le monde jase, où les rumeurs et les jugements enflent, comment s'en sortir ? Le style est vif et mordant, l'ambiance âpre et poussiéreuse est superbement décrite. Il y a le bar, l'alcool, le jeu, les filles, mais il y a aussi la mère, sa bonne cuisine, la maison et son beau terrain boisé. Et Thomas au milieu, bien parti dans la vie mais ...

A lire d'une traite !

23 février 2014
Christine Kerjosse

Un Livre « coup de poing » qui marque.
Une histoire sombre à la limite du thriller, des personnages forts et un récit très tendu.
Le personnage principal Thomas est le fils de William, ouvrier alcoolique et de Mary une mère très attachée à son fils. William est dur, violent tout en aimant ses proches. Mary, quant à elle, adore son fils et le protège. La vie s’écoule tant bien que mal quand un accident vient tout bouleverser. A partir de là tout bascule, les caractères des personnages changent et une spirale infernale les entraine vers l’inexorable chute.
La sensation de malaise qui habite le récit à ce moment là, augmente la dimension réaliste de l’oeuvre.
Les personnages cabossés sont proches de ceux d’écrivains américains comme Steinbeck.
Le style concis et maitrisé impressionne le lecteur.
Un court récit pourtant riche en émotions, ce qui prouve qu’une grande histoire peut s’écrire en moins de 200 pages. Une performance !

12 février 2014
Michèle Finance

Un roman bien écrit qui raconte la vie de Thomas Hogan, gamin frêle, sensible, taciturne, ombrageux, qui à la mort de son père se retrouve seul avec sa mère. Une vie simple et heureuse. Mais le temps passe, le gamin grandit et les événements vont façonner peu à peu sa personnalité, pour le meilleur et pour le pire. L'enfant est devenu un jeune adulte en proie aux pires tourments, de chronique familiale en ballade tragique, Cécile Coulon nous promène dans un récit âpre et tendu finalement assez décevant.

12 février 2014
Michèle Finance

Un roman bien écrit qui raconte la vie de Thomas Hogan, gamin frêle, sensible, taciturne, ombrageux, qui à la mort de son père se retrouve seul avec sa mère. Une vie simple et heureuse. Mais le temps passe, le gamin grandit et les événements vont façonner peu à peu sa personnalité, pour le meilleur et pour le pire. L'enfant est devenu un jeune adulte en proie aux pires tourments, de chronique familiale en ballade tragique, Cécile Coulon nous promène dans un récit âpre et tendu finalement assez décevant.

6 février 2014
Moulin-Quilliou Françoise

De cette auteure, j'avais lu "Méfiez-vous des enfants sages" que je n’avais pas aimé. Une rencontre ratée? Peut-être. Toujours est-il que j’ai eu un coup de cœur pour ce livre.
En 143 pages, elle instaure une ambiance, ses personnage sont réels, prennent vie. On les visualise. Il n’y a pas que de l’enrobage dans ce livre. Loin de là, beaucoup de densité, d’émotions qui prennent à la gorge pour nous dérouler une histoire. L’écriture est précise et fourmille de détails mais sans noyer le lecteur. Cécile Coulon jongle habilement avec les mots.

Etats-Unis, nous sommes dans les années 1920, Mary et William et Mary sont un couple tranquille habitant dans une petite ville de deux mille habitants. Lui ne parle pas pas beaucoup, elle est discrète. Leur fils unique Thomas est un garçon sans problème. Une vie de famille ni riche ni miséreuse mais où l’on ne se plaint pas. Des vies subies comme tant d'autres. Tout bascule avec l’accident à la scierie où William y laisse une main. Je n’en dis pas plus !

Avec ce roman, Cécile Coulon m’a époustouflée! Métaphores, mots qui percutent et qui vous sonnent, maîtrise absolue pour dessiner les destins de ses personnages. Ce livre m’a fait le même effet que le retour de Jim Lamar de Lionel Salaun. On pense à un auteur américain au vu des descriptions et du style et bien non !
Un coup de cœur total et un livre hérisson tant j’y ai inséré des marques-pages !

25 janvier 2014
Bloch Bernard

Un livre étonnant qui nous plonge dans les joies et surtout les angoisses d'une famille tyrannisé par son nouveau chef de famille. Excellent. Une lecture non-stop pur rester dans l'ambiance.

 

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