L'Invité du soir de Fiona McFarlane

7,3€ // 312 pages
Paru le 04/06/2015
EAN : 9782757852200

L'Invité du soir

Fiona McFarlane

Littérature

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« Une Australienne dévorée par un tigre dans sa propre maison. » Voilà qui serait extravagant, se dit Ruth. L’âge venant, ses pensées ne sont plus très claires, seulement la vieille dame en est persuadée : la nuit, un tigre rôde dans son salon. Est-elle en train de perdre la tête ? Ou est-ce une manigance de Frida, l’aide-ménagère depuis peu à son service ?



Fiona McFarlanevit à Sydney. L’Invité du soir est son premier roman. Acclamé par la critique, sélectionné pour le prestigieux Miles Franklin Literary Award 2014, il est traduit dans le monde entier.


« Le thriller tourne au roman d'une vulnérabilité mise à nu. Tout cela est diablement attachant. »

ELLE


Traduit de l’anglais (Australie) par Carine Chichereau

 

Commentaires

18 août 2015
Benjamin Dias Pereira

Douce analyse sociale et psychologique de la vieillesse, L’Invité du soir a sans doute été mon coup de cœur parmi cette sélection 2015.

Terriblement attachante, notre héroïne Ruth est confrontée seule à la vieillesse, à cette mémoire qui lui fait défaut et à la limite entre rêve et réalité qui commence à devenir ténue, et qui se matérialise sous la forme d’un tigre occupant le salon à la nuit tombée.

Son cri de détresse trouvera peu d’échos chez ses fils, qui vivent loin et ne viennent que pour Noël. Si ces derniers s’inquiètent légèrement pour leur mère, leurs propres quotidiens les accaparent trop pour prendre en considération celle qui leur donna la vie. Un manque d’amour ? Pas du tout, plutôt une simple ingratitude des enfants envers leur parent ou un refus de les voir vieillir et perdre la tête. Et quand Frida, aide-ménagère, envoyée par le gouvernement débarque sans préambule débarque pour prendre soin de cette dame âgée devenue vulnérable, l’affaire semble alors réglée.

Si dans un premier temps l’intrusion gêne Ruth, celle-ci va très vite s’attacher à cette véritable auxiliaire de vie qui lui fait revivre sa jeunesse et sera une nouvelle composante de sa vie. Certaines choses anormales interpellent évidemment la vieille femme, cependant le besoin d’une présence sera plus fort. Son destin sera ainsi scellé à celui de Frida, et l’une et l’autre deviendront presque inséparables et indissociables.

Entre souvenirs de la jungle qui refont surface et moments présents, sénilité et lucidité, tigre réel ou fantasmé – car le prédateur n’est pas celui que l’on croit -, le lecteur se retrouve plongé dans la tête de Ruth, désorienté lui aussi et se demandant si lui-même ne perd pas la tête et s’il n’est pas non plus pris au piège. Car, on ne peut s'empêcher de douter et éprouver une affection perverse pour Frida, un syndrome de Stockholm. Et si elle semble coupable, ne serait-elle pas non plus victime ?

Diablement émouvant, L’Invité du soir n’est pas dépourvu d’humour, Fiona McFarlane alterne entre une écriture quasi poétique et un style caustique, sans oublier une bonne dose de suspense. Une réussite !

28 juillet 2015
Isabelle

Une exploration toute en douceur de la vieillesse : comment faire le deuil de sa vie de couple ?
Peut on s’autoriser à aimer sans avoir l’impression de tromper celui qui n’est plus là ? Le brouillard provoqué par une mémoire qui fait défaut mais qui est traversée par de forts moments de lucidité ?
Fiona Macfalane nous invite à nous interroger sur la fin du chemin de la vie à travers les yeux de Ruth, ses souvenirs, ses émotions, son corps qui vieillit, sa lucidité sur le temps qui passe .Elle nous met face à la la vulnérabilité que représente la vieillesse – un roman intimiste magnifique à méditer

23 juin 2015
Valérie Lobsiger

QUI N’A JAMAIS REVE D’UNE BETE FEROCE tapie dans un coin obscur de sa chambre ? La nuit venue, les enfants éprouvent souvent de l’angoisse et font ce genre de cauchemar. Ruth, qui approche des 80 ans, serait-elle retombée en enfance, elle à laquelle tous ses sens (surtout l’ouïe et l’odorat) indiquent une présence fauve intruse dans sa maison? Pas forcément. Et s’il se tramait quelque chose à son insu ? Car elle a beaucoup d’imagination et un sens développé de l’intuition et c’est peut-être un signe. Comme par hasard, peu après avoir éprouvé cette terrible frayeur, une étrangère prénommée Frida se présente à son domicile en prétendant être envoyée par le gouvernement australien pour être son « assistante de vie » et l’aider dans toutes ses tâches domestiques. L’invité du soir, est-ce vraiment ce tigre fantasmé, ou bien l’imprévu qui arrive au crépuscule de la vie ? Celui qu’on appelle de tous ses vœux autant qu’on le redoute ? On aime cette atmosphère nimbée de doute où se télescopent imagination et réalité, présent et passé. Le lecteur est transporté chez Ruth, dans sa maison isolée au sommet de dunes en bord de mer, où le sable voltige sous le soleil et dans le vent, pour redessiner en permanence un paysage propice aux mirages. Ce livre est une formidable réflexion sur l’âge qui n’apporte pas seulement des angoisses mais aussi de belles et fulgurantes audaces. Il est porté par un style drolatique, concis et poétique dont on donnera juste ci-après un aperçu : « Ruth se sentait avec bonheur responsable de l’humeur mammifère commune qui embrasait la plage » ( à propos des touristes venus voir les baleines longeant la côte où vit Ruth).

AU FUR ET A MESURE QUE RUTH RACONTE A FRIDA sa jeunesse passée aux îles Fidji, ressurgissent des souvenirs entêtants de jungle qui à eux-seuls justifient leur cristallisation sous forme de tigre dans la tête embrumée de Ruth. Il est fascinant de constater un à un tous ces petits renoncements auxquels consent Ruth avec autant de résignation que de soulagement : voiture, courses, ménage, cuisine… Bien sûr, elle est consciente qu’elle est en train de perdre son autonomie, mais cela lui apporte tellement de confort et de tranquillité. Car tout cela lui pèse, même remplir un chèque est devenu une corvée. C’est pourquoi on comprend qu’à la fin la peur assaille Ruth et revienne en même temps que le tigre, quand celle-ci réalise que Frida va la quitter. Ce thème universel du vieillissement est si finement traité qu’on éprouve l’impression d’être soi-même concerné. A l’intérieur de nous, l’usure est à l’œuvre, même s’il est déplaisant de le reconnaître. N’éprouvons-nous pas nous-mêmes, certains jours, l’envie de tout laisser tomber pour nous laisser aller au fil décousu de nos pensées ? Ne serait-il pas en effet parfois tentant de ne plus avoir d’entrave nous rappelant que nous sommes des êtres raisonnables et responsables, devant soigner leur apparence, donner le change en société, rendre des comptes au moindre contrat signé, se justifier à la moindre démarche administrative engagée, etc. ? On comprend que Frida, qui fait avancer habilement ses pions, recueille l’éperdue reconnaissance de Ruth qui, veuve, vit seule et loin de ses deux fils (on croit d’ailleurs au début que ce sont eux qui ont envoyé Frida à leur mère). Et puis, on pense à la maltraitance des personnages âgées, à leur sexualité, à tous les rêves et désirs dont ils sont encore emplis et on a envie d’aller ratiboiser illico toutes les maisons de retraites, même si on en a plus que jamais besoin.
VL

21 juin 2015
Anthony DESCAILLOT

Le thème de départ du livre n’est pas vraiment accrocheur. Les « aventures » d’une personne âgée, cloitrée dans sa maison après la mort de son mari. Les premières pages confirment mes appréhensions. Mais au fil de l’histoire, l’atmosphère devient de plus en plus angoissante. Plus j’avance, plus j’entre dans la tête de Ruth. Et autant dire que dans la tête de cette brave dame, au départ c’était déjà bien dérangé mais avec l’arrivée de la femme de ménage, rien ne de va plus. Dès lors, chaque petit événement nous balance entre réalité, paranoïa et délire. On ne sait plus très bien comment interpréter tout ce qui lui arrive. Est-ce que c’est réel, est-ce qu’elle divague ou est-ce qu’on la manipule ? Et c’est là toute la force de ce roman.
Sans être romanesque, il nous plonge en introspection. On n’est jamais réellement dans un état stationnaire et constamment déstabilisé. J’ai été témoin de scènes rocambolesques et improbables, j’ai essayé de comprendre, de trouver des explications mais finalement je me suis laisser entraîner sans opposition dans cet univers sombre et dérangeant.
Sous ses airs de roman gentillet sur la vieillesse et ses dérives, Fiona Mc Farlane nous propose un véritable voyage dans les tréfonds d’un esprit fragile. Grâce à des ficelles efficaces, elle m’a enfumé le cerveau, et je me suis régalé dans cette folie.

13 juin 2015
Yves Sorais

Certes la métaphore du tigre, cette mort qui guette Ruth en deuil et en déclin,est pour le moins originale.
Mais dès qu’apparaît Frida, qui a bien perçu la situation, le roman devient vite téléphoné, sauf au regard de la relation qui va tout de même se nouer entre elles, aussi perdues à elles-même.
Trois- cent page pour ça....cela aurait sans doute fait l'objet d'une nouvelle, sans autre prétention.

10 juin 2015
Sandrine P.

L'invité du soir de Fiona MacFarlane est un roman singulier dans le sens où rêve, délire et réalité s'imbriquent au point de laisser le lecteur un peu perdu. Sous nos yeux, ou plutôt, dans notre imaginaire, se déroule la triste fin d'une femme et, avec elle, nous sombrons dans l'onirique qui vire au cauchemar. Mon besoin d'évasion reste ici encore sur sa fin...

8 juin 2015
Nathalie Cailteux

« L’invité du soir » est un roman construit avec talent autour d’une tension latente et progressive. Tout d’abord, le lecteur fait la connaissance de Ruth, une vieille dame veuve qui vit seule en bordure de la mer et croit parfois entendre un tigre dans son salon durant la nuit. Un beau jour, Frida se présente chez elle comme aide à domicile envoyée par le gouverrnement. Les deux femmes vont apprendre à cohabiter et à s’apprécier mutuellement, mais l’auteur laisse sciemment planer des zones d’ombre, des interrogations, des incohérences. Celles-ci reflètent en partie la santé mentale défaillante de la vieille dame tout en laissant pointer le doute sur de possibles intrigues menées par Frida. Tout comme Ruth, le lecteur est pris au jeu de cette manipulation et ressent ce que peut éprouver une personne souffrant de déficience mentale. Un tour de force habile et plein de suspense !

4 juin 2015
Josyane Beaulieu

Beaucoup de finesse et d'intelligence chez Fiona McFarlane dans ce premier roman qui fait preuve d' une maturité déjà bien établie. Ruth, l'héroïne, est une vieille dame à la naïveté très attachante. J'apprécie l'originalité de l'histoire, le mystère qui s'en dégage, ce fil rouge du tigre qui a un moment donné nous fait perdre pied autant que Ruth et Frida.. cette façon si particulière de nous faire décoller de la réalité et de pousser les choses à l'extrême..il arrive qu'on ne sache plus trop où l'on est..complet dépaysement mené crescendo, l'auteure sait terriblement bien nous transporter là où elle veut, et nous ramener sur le sol de la réalité, sans avoir eu le temps de mesurer l'ampleur et la démesure de notre voyage..une petite merveille..