Le Garçon incassable de Florence Seyvos

6,3€ // 192 pages
Paru le 21/08/2014
EAN : 9782757845202

Le Garçon incassable

Florence Seyvos

Littérature

Partagez :

Henri est frêle, fragile, « différent ». Et pourtant il émane de lui une force étrange. Lorsque sa sœur découvre la vie de Buster Keaton, génie du cinéma burlesque, elle ne peut s’empêcher de penser à lui. Buster est insensible à la douleur, Henri ne peut la dire. L’un effectue des cascades périlleuses, l’autre subit une rééducation éprouvante. Résistants, seuls, insoumis, ce sont deux garçons incassables.



Née en 1967 à Lyon, Florence Seyvos est écrivain et scénariste. Elle a reçu le Goncourt du premier roman et le prix France Télévisions pour Les Apparitions.



« Florence Seyvos marche sur deux fils, le burlesque et le tragique. C'est dans cet équilibre, cette double tension, que se déploie ce texte gracieux. »

Le Monde

Tous les titres du même auteur
 

Commentaires

20 août 2015
Benjamin Dias Pereira

Le garçon incassable raconte deux histoires en parallèle, celles de deux garçons très différents, le premier Buster Keaton, bien connu à Holywoord, le second Henri, demi-frère de la narratrice un jeune garçon très différent lui aussi. Si l’acteur – solide, insensible – a subi dans l’enfance les assauts physiques de son paternel pour l’entraîner toujours plus loin, toujours plus haut aux cascades et aux voltiges, l’autre – fragile, tordu – a vécu les assauts psychologiques d’un père qui tentait de le rendre normal, ce qu’il ne sera jamais.

Deux destins pas si dissemblables, pourtant Florence Seyvos n’indique jamais son choix de manière explicite. Si ces deux voies/voix sont bien traitées, ce toujours de manière équitable, sans même que le lecteur ne s’ennuie, il manque un lien conducteur pour bien suivre le fil et ne pas être dérouté par ce changement de ligne. La fin, quant à elle, ne lève pas vraiment le voile. L’écriture est belle, fine et même touchante à de nombreux moments mais peine néanmoins à convaincre par ce diptyque improbable et incertain.

4 juin 2015
Josyane Beaulieu

Malgré une écriture pleine de finesse et de sensibilité, car tout donne le sentiment de tenir sur un fil, cette juxtaposition de deux histoires ne m'a pas captivée..La manière dont est construit le récit me laissait présager un dénouement qui m'aurait surprise, bouleversée..mais rien de tout cela ne s'est produit..je reste sur ma faim.

16 mars 2015
Manon Lisait

Je commence avec plaisir ma pile de livres des Editions Points en regardant tomber la neige. J’ai choisi le premier de la pile, mais par chance c’est celui dont le titre m’attirait le plus. Le garçon incassable, de Florence Seyvos, est un petit roman tout simple, aussi authentique que prenant. Portraits croisés de deux hommes que tout oppose et tout rassemble en même temps, c’est l’histoire d’Henri, dont sa demi-sœur se rappelle avec émotion, et de Buster Keaton, sur les traces duquel elle part en Californie un peu plus tard.

La où Buster est incassable, résistant à la moindre douleur, capable de toutes les chutes et les cascades les plus incroyables, Henri est fragile, friable, tordu. La où Buster est seul, dans une famille qui exploite ses talents et se soûle, Henri est aimé et entouré, accompagné et rééduqué.

Aucun des deux ne peut mettre de mot sur ses souffrances, mais pour chacun d’entre eux, c’est la douleur qui définit leur vie. La narratrice accompagne ce frère qui lui est tombé dessus avec tendresse et patience, s’inspirant du comique américain pour voir beaucoup plus loin que le handicap, pour espérer pour Henri un futur d’autonomie et de libre arbitre.

Je ne sais pas si c’est une histoire vraie, mais le ton est sincère et très simple, le texte laisse une très grande part à l imagination. Le physique et le handicap du jeune garçon ne sont pas décrits directement, on le découvre à travers son arsenal de rééducation et certains souvenirs tendres. Quelques adjectifs par ci par là suffisent pour comprendre les lieux, les identités. On oublie la narratrice, on ne sait rien d’elle si ce n’est sa timidité et l’amour immense qu’elle porte à son frère.

Premier livre de la sélection du prix du meilleur roman, premier livre de 2015 pour moi, ce roman est une belle façon de commencer l’année en douceur et de la placer sous le signe de l’amour et de l’authenticité.

13 février 2015
Nathalie Cailteux

Avec une élégance toute en douceur, l’auteur se livre ici à un surprenant parallèle qui souligne la « différence » dont sont accablés deux garçons depuis leur naissance. Le premier, frère adoptif de la narratrice, souffre d’un handicap mental et physique. Son père tente de l’intégrer à une vie « normale » par le biais d’une éprouvante rééducation. L’autre garçon est le célèbre Buster Keaton, dont l’apparente insensibilité à la douleur physique est utilisée dès son plus jeune âge par son père pour le succès d’un spectacle. Le fait que ces garçons subissent tous les deux très tôt la douleur physique avec une sorte d’étrange stoïcisme explique pourquoi l’auteur a choisi de nous faire suivre en simultané leur parcours respectif. Bien qu'il n'y ait jamais eu de lien entre eux si ce n'est dans l'esprit de la narratrice, Florence Seyvos relève le défi de leur prêter une identique définition de « garçon incassable » dans ce double récit à la fois cocasse et très touchant.

8 février 2015
Marjorie

« Le Garçon incassable » est un roman à la fois riche et déroutant. Riche car il racontre avec sensibilité et pudeur la vie de deux êtres aux destins bien différents. Celui de l’acteur Buster Keaton, qui a fait de son corps « élastique » sa meilleure arme pour se bâtir une carrière, du petit spectacle familial aux grands studios Hollywoodiens. Avant que les producteurs et le cinéma parlant ne lui fassent de l’ombre. Le deuxième destin est celui d’Henri, beau-frère de la narratrice (dont la mère est la compagne du père d’Henri) qui croise son chemin lors de leur enfance en Afrique. Un jeune garçon handicapé, qui vit dans l’attente que quelque chose se passe, que quelqu’un s’occupe de lui. Mais son regard ouvert sur le monde et son tempérament heureux font glisser tous les tracas et les malheurs sur lui. Ce sont deux portraits bien différents et dont le lien semble si ténu qu’il est déroutant. Qui est finalement le « Garçon incassable » évoqué dans le titre?

Car si les deux histoires fonctionnent merveilleusement seules, à part l’une de l’autre, les regrouper dans un même volume, un chapitre faisant vivre l’un sous ses mots puis l’autre, m’a laissée quelque peu perplexe. Je ne comprends pas le parallèle que Florence Seyvos peut faire des vies de Buster Keaton et d’Henri, et qui nécessite de lier leurs histoires sous un titre commun. Du coup, ce roman hybride peine à me convraincre. Car s’il est touchant par passages, le découpage ne permet d’entrer dans les récits de l’un et de l’autre seulement par à coups, sans transitions. Et le dernier chapitre, relatant l’accouchement de la narratrice sans crier gare, et sans véritable lien avec la structure du roman, rompt davantage le peu d’équilibre que Florence Seyvos semblait vouloir développer. Dommage, car à mêler trop de sujets, elle les délite, et laisse moins de place à des personnages dont les destins auraient certainement mérité un traité à part entière.

8 février 2015
DESCAILLOT Anthony

C’est extrêmement difficile d’avoir un avis tranché sur ce livre. Effectivement l’écriture est belle et les thèmes abordés sont particulièrement attendrissants. La manière dont est traitée chaque histoire, sur un ton neutre, réussit à dégager de ces récits une grande humanité. Le comportement et la destinée de ces deux personnages m’ont évoqué autant de compassion que d’admiration. Devant leurs malheurs respectifs, ils font preuve d’une persévérance et d’une résistance hors normes.
Seulement le livre est très court et le lien entre les deux histoires est infime. Ainsi bien lancé dans une des aventures, je me retrouvais brusquement frustré à chaque changement. Le fait que les histoires se succèdent par alternance, casse le rythme mais aussi l’empathie qui commençait à se créer avec les protagonistes. Chaque récit m’a réellement intéressé. La vie de Henry m’a bouleversé et impressionné. Le destin de Buster Keaton est passionnant et surprenant. Mais globalement, je ne garderai surement aucun souvenir de cette lecture dans l’avenir tant le nombre de pages est restreint et l’approfondissement des personnages quasiment illusoire. Deux livres distincts et plus étoffés auraient peut-être été nécessaires pour rendre justice à ces deux héros de leur temps.

3 février 2015
Lumopowa

Ce double récit est captivant et se lit en quelques heures. D'une part, l'histoire d'Henri, un enfant handicapé, de l'autre, celle de Buster Keaton, comique aux capacités physiques surprenantes. L'alternance est agréable et les parallèle ne sont pas lourds ni sur-signifiants : l'ensemble est donc élégant et touchant.

29 janvier 2015
Nenette

Voilà deux bien belles histoires.
L'auteure nous raconte deux histoires en parallèle : celle d'Henri son demi frère handicapé mental et moteur depuis la naissance, et celle de Buster Keaton.
Alors j'avoue ne pas bien avoir compris le lien entre les deux histoires. On passe d'une histoire à l'autre sans grande logique de mon point de vue.
Pour autant, je n'avais jamais lu jusqu'alors une description si touchante et si vrai du handicap. L'écriture est très belle, et ce tout petit livre se lit en deux heures à peine tant il agréable à lire et attachant.

28 janvier 2015
Anne Coste

Un récit tout en douceur, tout en tendresse, très pudique. Un chassé-croisé entre récit autobiographique et récit biographique. Tous ces ingrédients donnent un livre plein d’émotions.

28 janvier 2015
Maryline Galdin

Beaucoup de finesse et de délicatesse dans ce récit de Florence Seyvos. La vie au quotidien avec un jeune infime moteur cérébral y est narrée en parallèle d'une courte biographie de Buster Keaton. La sensibilité dont fait preuve la narratrice ne verse jamais dans la sensiblerie. Au contraire, les scènes cocasses emmènent le lecteur vers plus d'empathie envers le jeune Henri que ne l'auraient fait une déclinaison de bons sentiments. Ces pages m'ont davantage touchée que celles consacrées à la star d'Hollywood. Même si Buster Keaton fut un enfant de la balle à la limite de la maltraitance, sa trajectoire m'a moins intéressée. Et finalement la relation entre les deux personnages m'a un peu paru cousue de fil blanc.

27 janvier 2015
jgloaguen

Trois personnages sont convoqués dans ce roman atypique en forme de collage : le comédien Buster Keaton, Henri un jeune garçon handicapé et un vieil original lui aussi dénommé Henri.
A travers de courts chapitres, la narratrice qui se confond parfois avec une petite fille, et qui grandit au fil du récit, nous raconte divers moments de leurs vies.
Aucun lien apparent entre ces êtres, sinon ce qui les distinguerait du commun des mortels, une façon d'être, une différence, qui pourtant fait écho chez le lecteur.

16 janvier 2015
Valérie Lobsiger

Les juxtapositions les plus incongrues donnent souvent naissance à des observations originales et percutantes car, prises à une certaine distance de la vie, elles permettent d’en saisir une part de mystère. Celle opérée par la narratrice du Garçon incassable entre dans cette catégorie. Elle rapproche en effet Henri, frère d’adoption et enfant lourdement handicapé, avec… Buster Keaton, le célèbre acteur comique du cinéma muet. Qu’ont-ils donc en commun? A priori rien.
Henri est empêtré dans un corps frêle en perpétuel équilibre instable et qui, la plupart du temps, rejette la nourriture. Il a un pied qui ne repose pas à plat, une main qui se recroqueville au bout d’un bras replié comme une aile et qu’on doit chaque soir enfiler dans un tube pour la nuit. Henri bégaie, il se comporte comme un autiste, il est incapable de se défendre et de se débrouiller tout seul ; au regard de certaines personnes dénuées de tout sentiment, il est condamné à mener « une vie pour rien ». Son père s’entête furieusement à lui apprendre quelques rudiments de la vie. De l’extérieur, ça ressemble à un cruel acharnement.
A l’opposé, Buster Keaton, lui, est doté d’un corps agile et pour tout dire élastique. Dès son plus jeune âge, son père l’intègre à ses spectacles burlesques. Il le dote d’une poignée dans le dos et l’utilise comme projectile. Quelle violence ! Depuis sa naissance, Buster Keaton n’a jamais eu sa vie bien en main. Il y a toujours eu quelqu’un pour exploiter son génie. Mais il en est conscient. C’est peut-être pourquoi, sous le comique apparent de ses films (tel Steamboat) transparaît une tristesse infinie avec des personnages « hors du monde », profondément seuls et inadaptés à la société.
L’auteur ne dit pas pourquoi elle est à ce point fascinée par Buster Keaton et c’est pourquoi, intrigués, on continue notre lecture pour tenter de comprendre. On réalise petit à petit qu’un fil secret relie Henri et Buster : la part rebelle, la plus sensible, la plus fière, de leur humanité. Et extraordinairement, celle-ci est dépourvue d’ego. C’est bouleversant, pas du tout larmoyant et très bien écrit.

VL

15 janvier 2015
Yves Sorais

Troublant et fort touchant, ce regard croisé sur deux personnages (Henri 1 ayant été survolé), dont l'un historiquement bien réel- Buster Keaton - encore une biographie, au demeurant rapide et intéressante -et l'autre, Henri 2, dont on s'interroge sur la place et l'identité en parallèle du choix de Buster par l'auteur.
Parallèle étrange, mais dans le parcours décrit par Florence Seyvos, j'ai perçu (peut-être à tort) un clin d'oeil sur la question d'être en situation de handicap. En effet, pour Buster, comment être le sujet de sa vie, lorsque l'ona été traité comme un objet, et comment habiter cette vie-pantomime ?
Henri, lui qui vit la réalité d'un handicap avéré, semble davantage y exister, autant qu'il le peut et y est autorisé.
En fait, qui est l'enfant incassable? peut-être celui qui va naître ? pas sur.
La fluidité de l'écriture offre un texte d'une réelle profondeur et gravité, mais avec légèreté, comme un effleurement, sur un un espace sensible de notre peau, et les arcanes de nos vies.

15 janvier 2015
peggy

Le garçon incassable est double : le premier, Henri, enfant handicapé avançant dans la vie au grès de ses chutes et des brimades; le second, Buster Keaton, transformé dès l’enfance en « objet volant » pour satisfaire les rêves de gloire de son père.
Ces deux destins se dessinent en parallèle et se reflètent l’un dans l’autre tout au long du roman. A priori pas de point commun entre ces deux êtres qui semblent si distincts. Pourtant, tous deux subissent la volonté d’un père autoritaire et évoluent sous le regard et les attentes permanentes de leur environnement, famille incluse. Les rôles de Buster Keaton dans ses films tout comme les aléas qu’il subit dans sa vie privée se reflète dans la vie d’Henri. Tous deux avancent, subissant les épreuves avec stoïcisme et une envie de vivre indéfectible.
A aucun moment, le ton du texte ne sombre dans la mélancolie ou la tristesse. Au contraire, les mésaventures des deux héros oscillent entre le burlesque, le comique et l’émouvant. C’est un livre émouvant, drôle et sobre à la fois. Une très belle lecture.

4 janvier 2015
LUCAS

Un patchwork . Un fil conducteur : la relation au corps par trois personnages : deux « Henri » et un « Buster ». Cependant si les deux « Henri » sont des handicapés, Keaton ne l'est pas. Ces vies sont intéressantes ( j'ai découvert la biographie de Buster Keaton), parfois touchantes surtout par la discrétion de la narratrice qui met ses personnages vraiment au premier plan mais le mélange m'a semblé artificiel.
Le changement de la personne de narration ( première personne et troisième personne), les liens tissés entre ces vies ( relation au père, relation au corps, à la douleur) m'ont semblé artificiels.
Le style est épuré, les phrases simples. On est davantage dans la biographie que dans le roman . Le lecture est aisée et donc agréable mais manque de consistance à mon goût.

16 décembre 2014
Alice MONARD

Un petit livre comme une boîte à souvenirs : deux enfants un peu cassés qui grandissent courageusement, fièrement, mais restent des enfants dans des corps d'adultes.

La narratrice, jeune femme qui part à Los Angeles sur les traces de Buster Keaton, est très organisée, très stressée, peu sûre d'elle et pleine de petites habitudes … Bref, une sœur pour moi !

Elle nous raconte la vie de Buster Keaton, et surtout son enfance difficile d'enfant du spectacle, ou plutôt de « chose » du spectacle, lancé, jeté, blancé comme un projectile humain pour faire rire les spectateurs. Un enfant avec une « poignée dans le dos », qui apprend à encaisser les coups par une sorte d'autohypnose contre la douleur.

En parallèle, il y a Henri, le « frère d'Afrique », handicapé, élevé par son père, qui souffre pendant ses séances de kiné et lit Tintin. Un père qui lui interdit de dire qu'il a mal, le force à manger mais l'aime à sa façon. Ce papa qui deviendra « mon père », sorte de dieu, sacré, après sa mort.

Nous suivons ensuite Buster Keaton qui démarre sa carrière solo et est repéré. Nous plongeons alors avec délice dans le récit des films et des succès qui s'enchaînent.

Parallèlement, Henri grandit lui aussi, et trouve un travail dans un CAT. Il vit dans un foyer et adore aller au cinéma et prendre le train (des points communs avec Buster Keaton, qui à la fin de sa vie avait un grand train électrique dans sa maison).

Le livre se ferme sur une promenade, la narratrice et ce frère qui a bien grandi, et le souhait qu'il marchera toujours ainsi à côté d'elle, comme lorsqu'ils étaient enfants en Afrique … Et elle accouchera d'un garçon qu'elle souhaitera « incassable ».

Un document double, autobiographie et récit de la vie de Buster Keaton, avec énormément d'amour, de poésie, de beauté sereine malgré les douleurs immenses qui parsèment la vie de ces deux hommes-enfants. La narratrice aime ces deux enfants « cassés », Buster Keaton l'artiste jeté, lancé, enfant jusqu'à la mort, et Henri, le frère handicapé chéri.

Un ouvrage à part, une parenthèse d'amour qui fait du bien !