Vincent Message est un écrivain de vingt-six ans virtuose et prometteur. La critique n’a pas perdu son temps, en couronnant Les Veilleurs, son premier roman, de nombreux lauriers, dont le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire 2009. Pour son jury, il n’y a pas de doute :
« Roman virtuose, à la fois polar et réflexion philosophique sur la société moderne, Les Veilleurs entraînent le lecteur aux confins de la folie et du rêve. Une écriture magnifique au service d'une histoire d'une rare inventivité. Les Veilleurs est un roman inoubliable qui vous embarquera loin, très loin, là où peu d'écrivains ont jamais réussi à emmener leurs lecteurs. »
L’auteur
Vincent Message est né en 1983 à Paris, où il a suivi des études de lettres et de sciences humaines, à l’École normale supérieure. Il enseigne aujourd’hui la littérature comparée à l’université Paris 8 Saint-Denis, après avoir vécu à Berlin et New York.
À vingt ans, il décide d’écrire un vaste roman explorant les confins de la folie. Il écrit une première scène qui le hante – celle du meurtre de trois personnes en pleine rue –, se documente minutieusement sur le sommeil et la psychiatrie, avant de se lancer dans la rédaction d’un livre aux antipodes des romans contemporains. Il faudra cinq ans pour mener à son terme cet ambitieux projet.
Révélation de la rentrée littéraire 2009, Vincent Message est considéré comme le talent à suivre.
Le livre

« Ce livre a du souffle et vibre de littérature. »
Le Monde
« Le charme opère. On s'y perd, on s'y retrouve, mais on ne lâche rien. Le résultat est brillant.»
Le Figaro
Roman inclassable, Les Veilleurs est une enquête policière et un voyage dans l’univers des rêves et de la psychologie humaine. Paulus Rilviero, policier, et Joachim Traumfreund, psychiatre, tentent de déchiffrer les pensées d’Oscar Nexus, afin de comprendre pourquoi celui-ci a assassiné trois personnes dans la rue avant de s’endormir sur les cadavres. Nexus est-il un fou ou un vrai coupable, fabulateur habile qui emmène ses auditeurs dans le Séabra, son monde parallèle ?
« Il avait compris désormais : c'est par le rêve qu’il allait exercer sa volonté de vivre. Il devait déployer tous les efforts possibles pour devenir un expert du sommeil et faire du rêve son allié. Alors il faisait des essais. Apprenait à dormir. Notait au crayon sur une carte des mouvements, des stratégies, le plan de mécanismes internes fabuleux. »
L’écriture est ciselée, l’univers de l’écrivain proche de celui de Borges, l’intrigue, époustouflante. A vingt-six ans, Vincent Message fait une entrée en force en littérature.
L’entretien
Comment vous est venue l’idée des Veilleurs ? Est-ce à la suite d’un rêve que vous avez décidé d’explorer ce territoire inconnu ?
Oscar Nexus tue trois personnes dans la rue, puis s’endort sur leurs cadavres. Le roman s’est construit autour de ce personnage : j’ai voulu imaginer la trajectoire d’un meurtrier qui serait aussi un rêveur, dans un monde où les rêveurs ont la vie dure. Par rêveur, on peut entendre les gens qui ont des idéaux, ou tout simplement ceux qui ont besoin d’un peu de douceur. L’énorme pression qui s’exerce sur chaque individu dans notre société peut conduire certains à basculer dans la violence. Les Veilleurs racontent l’histoire de Nexus et la façon dont il cherche à se construire dans un équilibre entre le réel et l’imaginaire, alors que dans notre environnement hyper rationaliste cet équilibre est rompu.
Votre livre s’apparente à une enquête policière mêlée à une exploration de l’univers du sommeil et du rêve. Est-ce un choix délibéré de votre part d’avoir mélangé les genres ?
Les genres sont des catégories qu’on surimpose aux livres pour les classer. Je crois que le mouvement naturel de beaucoup d’écrivains est de mélanger les genres, de passer des frontières sans montrer son visa et sans se poser de questions. Le roman est par excellence un lieu où peuvent se croiser des personnages qui ne communiquent pas, ou pas assez du moins, dans la réalité. Les Veilleurs, de ce point de vue, c’est aussi l’histoire de l’amitié sans doute improbable entre un policier et un psychiatre qui travaillent de concert et s’interrogent sur le sens de leurs métiers. Pourquoi sont-ils fascinés par un meurtrier comme Nexus ? En quoi sa folie les renvoie-t-elle à leur propre fragilité ou à leurs propres doutes ?
Êtes-vous un fan de polar passionné par le champ de l’inconscient ?
J’ai lu beaucoup de polars. J’apprécie l’énergie narrative du genre et la rigueur de construction qu’il demande. Mais les codes du polar ne m’intéressent qu’à condition de les dépasser. Dans Les Veilleurs, j’ai choisi la structure d’un roman policier pour réfléchir à l’attrait que les histoires de crime ou les faits divers exercent sur nous. Je crois que nous aimons les polars parce qu’ils nous permettent de faire en toute sécurité, assis dans notre fauteuil de lecteur, l’expérience de ce qui nous fait peur, ou de ce que nous ne comprenons pas. Et derrière leur mystère, c’est toujours le mystère de la psychologie humaine qui se profile. Le cerveau humain est la plus belle des terres inconnues. Les romanciers, les neurologues, les philosophes et les psychiatres ne sont pas de trop pour l’explorer.
Quelles sont vos influences littéraires ?
J’aimerais m’inscrire dans une constellation d’auteurs baroques mais méticuleux, qui irait de Borges à Nabokov et de Grass à Cortázar. Dit comme cela, naturellement, c’est utopique, mais je crois que le désir d’écrire et la littérature vivent de ce genre d’utopies.
Thomas Pynchon est l’un des romanciers sur lesquels portent vos recherches universitaires. Vice caché, son nouveau roman, sort en septembre aux Éditions du Seuil, alors que chez Points paraît L’Arc-en-ciel de la gravité. Que représente Thomas Pynchon pour vous ?
Il est celui qui prend la littérature très au sérieux sans jamais se prendre au sérieux. Un perfectionniste qui peut passer quinze ans à peaufiner un livre, comme il l’a fait pour L’Arc-en-ciel de la gravité, et offre ainsi à ses lecteurs un monde où, à leur tour, ils peuvent se plonger des mois durant sans en épuiser le sens et la beauté. Il y a chez lui un lyrisme d’autant plus puissant qu’il est toujours tempéré d’ironie. C’est difficile à faire, et il est, avec Nabokov, un de ceux qui y arrivent le mieux.
Donc, pour moi : un romancier plus important que Roth ou McCarthy, qui en France sont beaucoup plus connus. L’un des buts de mes recherches, à moyen terme, est précisément d’essayer d’élargir un peu ce public. C’est à cela aussi que peut servir l’enseignement de la littérature : faire passer auprès des étudiants des textes auxquels ils n’auraient pas forcément l’endurance de se confronter seuls. Pynchon, à certains égards, c’est le sage à barbiche des films de kung-fu : dépositaire de secrets prodigieux, il ne les révèle qu’à ceux qui sont prêts à grimper à genoux les marches du temple. Cela dit, Vice caché est un de ses livres les plus accessibles : j’espère que beaucoup de lecteurs se laisseront tenter par l’aventure !
Quels sont vos futurs projets d’écriture ?
Il y a à mon sens deux choses qui ont un peu manqué dans la littérature française de la fin du XXe siècle : le goût du romanesque, d’une part, et d’autre part l’ambition de faire du roman un outil d’exploration et de connaissance du réel. J’ai envie de concevoir des livres où s’entrelacent intrigue et réflexion, et qui nous donne de la distance par rapport à notre quotidien. À partir de là, beaucoup de thèmes m’intéressent : la violence du monde du travail, par exemple ; ou les nouvelles manières de voyager qu’induit la mondialisation, et la façon dont elle transforme notre regard sur des cultures lointaines. Je ne vous en dis pas plus, parce que les romans sont de petites choses qui ont besoin d’ombre pour grandir.
Pour en savoir plus, le site personnel de Vincent Message
Image: John Foley/Opale