Richard Ford est considéré comme l’un des chefs de file de la littérature américaine. Ses livres, Indépendance, prix Pulitzer et prix Faulkner 1996, Un week-end dans le Michigan, Péchés innombrables, Ma mère, Le Bout du rouleau, Une situation difficile, Rock Springs, Une mort secrète et L’État des lieux sont disponibles en Points. Il revient pour Le Cercle sur un de ses grands romans, Une saison ardente, paru dans la collection « Signatures ».
Vous avez écrit Une saison ardente il y a presque vingt ans. C’est un roman très différent de la trilogie Frank Bascombe, beaucoup plus court. Est-ce lié à une évolution de votre écriture, de votre conception du roman ?
Une saison ardente et la trilogie Frank Bascombe sont des livres différents, mais je ne pense pas qu’on puisse pour autant parler d’évolution : il s’agit plutôt de deux façons d’imaginer et de construire un roman. Chaque écrivain porte en lui, ou en elle, toutes sortes de voix différentes dans lesquelles puiser, toutes sortes d’ambitions stylistiques, de façons d’imaginer ce qui deviendra un livre, une fois achevé. Pour moi, la notion d’évolution vient du critique, pas de l’artiste.
Une saison ardente est le roman de la mésentente conjugale, mais n’est-il pas aussi le roman de l’enfance qui s’achève et entraîne dans sa fin toute une série d’illusions sur le monde ?
Oui, c’est tout à fait ça. Mais c’est aussi un roman sur la pérennité et le mystère de la vie. À la fin d’Une saison ardente, les parents du narrateur – qui étaient auparavant séparés et risquaient de voir leur amour disparaître complètement – retombent amoureux. Et le narrateur, même une fois adulte, ne parvient pas à nous expliquer ce qui s’est passé, alors que son histoire, celle qu’il raconte et qui constitue le cœur du roman, est justement une tentative de compréhension du comportement de ses parents. Donc, si le roman parle bien de l’enfance qui s’achève, il montre également que la vie continue malgré tout. Et aussi cette immense curiosité que suscite en nous l’amour, l’amour qui nous sauve.
Vous êtes déjà venu en France pour assurer la promotion de vos livres. Quel est votre relation avec les lecteurs français ?
Ma relation au lecteur français n’est pas vraiment différente de ma relation au lecteur américain, même si je dois avouer qu’être publié en France, c’est-à-dire être capable d’écrire des livres que les Français vont lire, a pour moi quelque chose d’assez miraculeux. L’écriture d’un roman se fait, au départ, avec tellement d’humilité, que voir mes livres en français dans les vitrines des librairies françaises ou dans les mains de lecteurs français a quelque chose d’un peu incongru… En ce qui concerne ma relation aux lecteurs en général, j’ai commencé à écrire parce que de grands livres avaient bouleversé ma vie, alors j’ai voulu leur offrir quelque chose de très, très précieux, parce que je sais que la littérature peut faire une immense différence dans la vie de quelqu’un. Mon travail, c’est faire ce que je fais, du mieux que je le peux, ne rien laisser inachevé, y mettre le meilleur de moi-même. Si la littérature est le moyen suprême de renouveler notre vie sensuelle et émotionnelle et d’acquérir une nouvelle conscience des choses, alors j’essaie d’écrire des livres dans ce but.