« La pression sociale rend difficile le “coming out spirituel” »
Entretien

« La pression sociale rend difficile le “coming out spirituel” »

Entretien croisé avec Thierry Bizot et Anne Giafferi

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Thierry Bizot est l’auteur Catholique anonyme. Dans ce livre qu’Anne Giafferi a adapté au cinéma sous le titre "Qui a envie d’être aimé ?", il raconte sa rencontre avec la foi catholique.


À l'occasion de la sortie du film, l’écrivain et la cinéaste, mariés dans la vie, reviennent sur cette expérience commune qui les a inspirés.

Anne, Thierry, vous êtes mariés, ce livre et ce film sont une histoire vraie… la vôtre. Comment la résumeriez-vous ?

Thierry Bizot : Pour faire simple, c’est comme si j’avais vécu une relation amoureuse… avec Jésus. Dans le film, cette relation peut être assimilée à une relation extraconjugale parce que le personnage ressent de l’amour pour Jésus, qu’il le cache et que sa femme vit cette relation inédite comme un adultère.

Anne, avez-vous été jalouse de Jésus ?

Anne Giafferi : Non, pas jalouse, mais un peu inquiète. A la différence du film, je savais que Thierry allait à ses petites séances, deux fois par semaine. J’ai laissé faire. Je crois qu’inconsciemment, j’étais tranquille de le savoir dans cet endroit sinistre, à l’abri de toute tentation… Il faut dire que la description qu’il me faisait de ses « collègues » de catéchèse avait tout pour me rassurer. Toutefois, jour après jour, j’ai vu des livres sur Jésus s’amonceler sur sa table de nuit… J’ai eu peur que tout cela prenne trop d’importance, que Thierry devienne une sorte « d’illuminé ». «Et s’il me plaquait pour devenir curé ? ».

Le film est autobiographique au moins dans son début. Tout a commencé par un rendez-vous avec un prof de votre fils…


Thierry Bizot : Oui, notre fils qui travaillait très bien à l’école a tout d’un coup eu un très mauvais carnet de notes. Ma femme m’a demandé - ou plutôt sommé - d’aller pour une fois, au rendez-vous avec le prof. Une fois devant lui, moi qui suis pourtant très à l’aise en public, j’ai été pris d’un trac fou. J’avais l’impression d’être en cinquième, je m’attendais à me faire engueuler… mais le prof m’a « cueilli » par sa douceur et son humanité. Je me suis laissé aller à des confidences sur ma propre enfance et sur mon père qui m’avait toujours impressionné. Le professeur a sans doute compris que je reproduisais la même chose avec mon fils. Il m’a juste conseillé de parler à mon fils de mes doutes, de mes incertitudes, de lui montrer que je n’étais pas le père invincible que je donnais l’impression d’être. Cette conversation m’a profondément touché. Quelques temps plus tard, il m’a invité à un cours d’instruction religieuse et j’ai eu l’impression de m’être fait piéger. J’y suis allé avec des pieds de plomb, par politesse… Mais j’y suis retourné par curiosité pendant deux mois, jusqu’à ce que je réalise que j’avais été « touché par Dieu ».

Le film se déroule dans un milieu bourgeois éclairé, le personnage principal est avocat. Quand il découvre Jésus, ça fait ricaner ses amis. Avez-vous vécu ça ?


Thierry Bizot : Beaucoup de gens aujourd’hui, surtout les catholiques me disent : « vous êtes courageux d’avoir écrit ce livre, de témoigner de votre expérience… » Témoigner de cette expérience ne me demande pourtant aucun courage. Ceci dit, il est vrai que la pression sociale rend difficile le « coming out spirituel », parce qu’aujourd’hui, l’Église Catholique, c’est Benoît XVI, elle est donc souvent perçue comme rétrograde, coincée, ringarde… D’ailleurs quand je suis allé pour la première fois à la catéchèse, j’ai trouvé les gens un peu ridicules et j’avais l’impression d’être un prince tombé dans la cour des miracles. C’est vous dire l’état d’humilité dans lequel j’étais. Plus tard, je me suis rendu compte que je n’étais en rien supérieur à ces gens-là. Que j’étais moi aussi un « bras cassé » qui avait comme eux besoin de ses petites séances.

Pourquoi avoir choisi le titre "Qui a envie d'être aimé ?" pour le film ?

Anne Giafferi : Dans cette histoire, comme dans la vie en général, chacun est en quête d’amour. Antoine a besoin d’être aimé par son père, son fils Arthur aussi, sa soeur cherche l’amour d’un homme, son frère cherche la reconnaissance, sa femme a peur qu’Antoine ne l’aime plus… Comme les personnages du film, nous avons tous, petits et grands, cet insatiable besoin d’amour et malheureusement, nous avons tous le sentiment à un moment ou l’autre de notre vie, de ne pas être assez aimé. Dieu peut être une réponse à ce besoin d’amour. C’est d’ailleurs la première question que pose le prêtre lors de la catéchèse : « Qui parmi vous a envie d’être aimé ? ». Tout le monde lève la main… évidemment.

 

Le film :

Antoine a quarante ans. Heureux avec sa femme, père de deux beaux enfants, brillant avocat, on peut dire qu’il a réussi sa vie !

Mais un jour Antoine va faire une rencontre inattendue, irrationnelle, bouleversante...

un peu honteuse aussi.

Antoine va rencontrer Dieu et il ne s’y attendait pas. Mais alors pas du tout !

… Sa femme non plus.

 

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