« Fakirs était une étape franchie dans l’écriture. »
Entretien

« Fakirs était une étape franchie dans l’écriture. »

Rencontre avec Antonin Varenne

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L’auteur

Antonin Varenne a été baroudeur, avant de finir par s’installer dans un lieu des plus exotiques : la Creuse ! Des Etats-Unis à l’Islande, du Mexique à l’Indonésie, ses voyages au bout du monde, combinés à une imagination débridée, ont fourni matière à ses romans. Dans une atmosphère de polars, il y développe des intrigues complexes, fourmillantes de personnages aux multiples facettes, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Depuis son premier roman, Le Fruit de vos entrailles, en 2006, et Le Gâteau mexicain en 2008 (Éditions Toute Latitude), il a parcouru beaucoup de chemin, y compris dans le milieu littéraire, qui le considère aujourd’hui comme le « petit frère de Fred Vargas ». En commun, des polars pas comme les autres, et une maison d’édition : Viviane Hamy, éditrice grand format de son dernier roman, Fakirs, Grand Prix Sang d’encre et Prix Michel Lebrun 2009.

Mais on ne colle pas si facilement d’étiquette à Antonin Varenne ! Le grain de folie qui accompagne sa plume à chaque instant en fait un auteur à part, que l’on est prêt à suivre dans toutes les aventures… Le Cercle vous présente cet auteur peu ordinaire et son roman déjà culte, Fakirs, à paraître le 14 octobre chez Points.

« Incontestablement, Antonin Varenne possède cette flamme qui donne de la chair aux mots. »

Le Figaro

« Un polar qui va vous clouer. »

RTL

« Antonin Varenne a du style. Chaque phrase est un coup de poing, chaque mot, un coup de scalpel. »


Marie France

« Antonin Varenne, nouveau pape du roman policier. »

Le Point

Le livre: Fakirs

Fakirs


Au 36, quai des Orfèvres, Guérin et son acolyte Lambert, duo improbable de flics, enquête sur une vague de suicides plutôt inhabituels. Au cœur du Lot, un Franco-américain baba-cool tire à l’arc, avant d’être contraint de monter à Paris. Un fakir s’écorche sur scène, avant de mourir dans son grand art. Pour Guérin, il n’y a pas de doute : ces suicides sont des meurtres, et l’épidémie ne fait que commencer.

L’interview

 

Racontez-nous les débuts de votre vie d’écrivain… qu’est-ce qui vous a poussé, à trente-trois ans, à écrire votre premier roman ?

Je crois que je voulais tenter l’expérience. Ça n’était pas une vieille obsession, je n’avais pas de carnets dans mes tiroirs. La toute première histoire que j’ai écrite, je m’y suis mis parce que j’avais la main dans le plâtre et que je ne pouvais pas travailler (je bossais sur le démontage de l’usine AZF à Toulouse). L’inactivité physique me pousse à écrire. Cette histoire n’a pas été publiée, je l’avais faite lire à quelques personnes et les réactions avaient été bonnes. Je me suis dit que ça vaudrait peut-être le coup de le faire plus sérieusement. J’ai travaillé deux ans, en Islande et au Mexique, mis de l’argent de côté pour avoir le temps.

À ce moment-là, je me suis installé aux États-Unis. Finalement il m’a fallu six mois pour écrire Le Fruit de vos entrailles, que j’ai envoyé par email à des éditeurs en France. Les éditions Toute Latitude, une jeune boîte qui se lançait et voulait faire du polar français, a accepté le texte au bout de trois semaines… Le livre a été sélectionné au Festival de Cognac 2007 et sans trop comprendre ce que cela signifiait, je suis devenu auteur.
 
Vous avez reçu une formation philosophique, pourquoi avoir choisi de vous exprimer par le polar ?

Par réaction au théorique je suppose. Mais je ne suis pas certain que la littérature, même noire, soit un outil plus direct que la philosophie pour s’approcher du réel. Par contre, c’est un outil plus personnel, que l’on se fabrique. La philosophie me suit toujours, pas comme une trame de fond, plutôt sous forme de lignes de fuites, de prolongement silencieux à la vie des personnages. J’essaie de la cacher en fait, pas de m’en débarrasser, mais de rendre la réflexion invisible. Par souci de légèreté. Fakirs en est un peu chargé, les thèmes disons sociologiques du livre y sont sans doute pour quelque chose. Il y a une double inclinaison dans l’écriture, celle de vouloir saisir le réel, et une autre inverse, qui tend à vouloir s’en éloigner. C’est une différence importante avec la philosophie, une absence de rigueur et une liberté qui laissent de la place aux images et à la sensation.
 
On vous compare très souvent à Fred Vargas, notamment parce que vous êtes tous les deux publiés aux Editions Viviane Hamy. Êtes-vous d’accord  avec ce rapprochement ?

Pas tellement, non. Il est facile de trouver des points communs à des polars, c’est une littérature de genre ! Peut-être que, comme Fred Vargas, je privilégie les personnages à l’intrigue, que j’aime une certaine poésie urbaine, et jusqu’à présent mes livres se passent essentiellement à Paris. Je pense que notre véritable point commun, c’est Viviane Hamy, notre éditrice. C’est dans ses goûts de lectrice qu’il faudrait chercher un dénominateur commun entre ses auteurs, très différents les uns des autres.
 
Vous avez une fois déclaré que vous souhaitiez « offrir les histoires que les gens aimeraient lire et non pas celles qu’on voudrait se raconter ». Est-ce toujours votre credo dans votre métier d’écrivain ?

Pas du tout ! En fait ça ne l’a jamais été. Cette formule me suit depuis une interview que j’avais donnée lors de la sortie du Fruit de vos entrailles. Une journaliste qui prenait pourtant des notes a complètement inversé la proposition. Je ne veux surtout pas écrire des histoires que les gens voudraient lire ! Penser aux lecteurs, vouloir satisfaire leurs attentes, est une méthode pour fabriquant de best-sellers, à mon avis le pire des choix si l’on veut trouver sa propre voix, son style et sa personnalité d’écrivain.
 
Comment vous est venue l’idée de Fakirs et de cette galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres ?

J’ai rencontré un ami d’amis qui était fakir, un Américain, qui travaillait sur des scènes parisiennes. Sa démarche artistique m’a beaucoup questionné. Le point de départ a été cette idée : un fakir mourant d’une hémorragie pendant un spectacle. Puis il y a eu un dîner avec des amis, et le défi de trouver en cinq minutes une intrigue à partir de ce personnage.

Au final Fakirs n’a pas grand chose à voir avec cette soirée, mais cela a pris forme comme ça. J’ai trouvé un flic, voulu le coller sur des enquêtes autour de suicides, j’ai imaginé un adjoint, un ami pour le fakir, des lieux, identifié les thèmes ; tout cela s’est fait en écrivant. Une première version qui est partie à la poubelle, dans laquelle j’ai tout déterré, puis j’ai recommencé, fait le tri, travaillé, remodelé. Autour surtout des destins des personnages, dont certains m’étaient inconnus, jusqu’aux dernières pages. A part le fakir donc, qui m’a été inspiré par une rencontre, les autres personnages sont le résultat habituel de l’imaginaire : un puzzle de morceaux d’humains piqués à droite à gauche, de projections, de symboles, de références.

La critique est unanime depuis la sortie de ce roman. Y a-t-il eu, dans votre carrière d’écrivain, un avant et un après Fakirs ?


Oui, bien sûr. La visibilité du livre, sorti chez Viviane Hamy, a immédiatement eu un effet, public et médiatique. On a commencé à s’occuper de mon cas. Peut-être qu’il y a l’explication de la nouveauté, et le frisson de voir un nouvel auteur dans une collection qui abrite un des plus gros chiffres de vente de ces dernières années. J’espère que c’est surtout la personnalité du bouquin qui a eu un effet. Facile à savoir, si c’était une bulle médiatique, ça retombera comme un soufflet au prochain. Donc j’ai pris soin de ne pas faire du tout la même chose pour mon histoire suivante ; c’était une décision importante, à prendre tout de suite. Viviane m’a soutenu dans ce sens. Mais Fakirs était surtout une étape franchie dans l’écriture, le premier livre qui m’a donné une idée de ce que je voulais faire vraiment. J’ai commencé à écrire il y a seulement cinq ans.

Y-a-t-il un personnage de Fakirs dont vous vous sentez proche, et si oui, pourquoi ?

Je dirais John Nichols, l’américain baba cool, intello, perdu dans les bois, le cul entre deux, trois ou quatre chaises. Sans doute le personnage qui empreinte le plus à mon monde, et je pense qu’il est aussi mon fils aîné, imaginé adulte. Comme John, il est franco-américain, blond et parti pour être bien plus grand que moi. C’était un personnage plus difficile à animer, du fait de cette charge (ce que j’ai compris une fois le bouquin fini). Je l’ai imaginé en conduisant une vieille 4L que j’avais, en écoutant Hendrix, puis en tirant à l’arc dans l’atelier d’un ami plasticien. Le tipi dans le Lot existe, le père d’un ami y habite …

Quels sont vos futurs projets d’écriture ? Avez-vous d’autres projets, notamment cinématographiques ?

Le cinéma, c’est un peu flou. Des producteurs ont pris une option sur le livre, cela peut prendre des années, se faire ou pas, à suivre. J’ai été contacté par des producteurs TV, pour éventuellement bosser sur la création d’une série, mais ce type de travail et d’écriture ne me conviennent pas. Produire de l’idée et des intrigues n’est pas mon truc, j’aime prendre mon temps avec des personnages, et les commandes me paralysent plutôt.

Par contre, mon prochain livre est pour ainsi dire terminé, manque encore un titre, pour une sortie début 2011 chez Viviane Hamy. C’est un roman noir qui tourne autour de la guerre d’Algérie, et des souvenirs de mon père. Deux trames qui se rejoignent, l’une suivant le parcours d’un appelé en 1957, affecté dans un DOP, un centre de torture (encore la torture, comme dans Fakirs … c’est en travaillant sur le passé de mon père, après qu’il se soit confié à moi, que j’ai compris pourquoi ce thème revenait dans mes livres) ; l’autre trame est contemporaine, le parcours d’un simple flic, boxeur amateur, qui accepte pour de l’argent de casser la gueule à des inconnus.

Ce livre marquera certainement la fin d’un cycle. Je n’imaginais pas qu’il y en aurait un, ni un suivant … Mon écriture a dû changer pour servir cette histoire, et c’est une aventure que je veux poursuivre. Pour progresser et éviter la répétition. Je commence à penser au prochain, le cinquième. Si je m’y tiens, ce sera une chronique de sous-préfecture. Entre les deux, j’aimerais bien me construire une maison … C’est l’autre partie de mon travail, je suis associé dans une coopérative ouvrière (un truc monté entre potes), spécialisée dans la construction de maisons à ossature en bois.

L’inactivité physique me pousse à écrire, de trop passer de temps dans un bureau me pousse à grimper dans des charpentes. La double inclinaison.

Image: Éditions Viviane Hamy


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